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Pourquoi Sarkozy a réussi son entrée en campagne

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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Dans trois sondages publiés mardi et mercredi, l'avance de François Hollande sur Nicolas Sarkozy se réduit. Le verdict : Nicolas Sarkozy a réussi son entrée en campagne. C'est uniquement une question de chiffres ?

Il ne faut pas sacraliser les sondages, mais ils s'apparentent plus à des prévisions météo qu'à l'horoscope. Donc oui, ces chiffres ont du sens - et d'ailleurs, ils confirment une impression générale. 1. Oui, Hollande reste le favori mais l'écart se resserre avec Nicolas Sarkozy - plus ils s'affrontent politiquement, plus ils se rapprochent arithmétiquement. 2. Les autres candidats sont loin, y compris Marine Le Pen et François Bayrou. Conclusion : quoi qu'on en ait pensé et dit après son annonce sur TF1, Nicolas Sarkozy a réussi à faire de sa candidature un déclic. Il a fait d'un non-événement un tournant de la campagne : ce n'est pas changer le plomb en or, mais ça prouve qu'il a toujours le sens de l'alchimie politique. Il y a un autre succès (qu'il partage avec Hollande), c'est qu'à force de se focaliser l'un sur l'autre, de s'attaquer, de se répondre, ils ont réussi à prendre toute la lumière, donc à éclipser les autres. Leur duel, c'est l'avant-goût de la finale du 6 mai.

Mais d'après tous les sondages, cette finale, Nicolas Sarkozy la perd toujours largement...

C'est vrai. Même si l'on sait qu'il faut se méfier des sondages de second tour, forcément moins précis que ceux du premier tour, il reste une évidence : Nicolas Sarkozy n'a jamais été donné victorieux au second tour par aucun institut depuis que François Hollande est candidat. Au-delà de ce que cette permanence montre du rapport de forces entre les deux, elle est dangereuse pour Nicolas Sarkozy parce que la répétition de ces sondages qui le donnent battu installe dans l'opinion, peu à peu, l'idée que l'élection est jouée. C'est aussi pour ça qu'il s'active dans tous les sens, qu'il lance des idées tous les jours, qu'il agresse François Hollande (parfois en dessous de la ceinture, comme à propos de l'emploi de sa compagne). Il bouge pour montrer qu'il n'est pas mort.

Qu'est-ce qui peut encore inverser la tendance ?

À part un accident de parcours, la vraie chance de Nicolas Sarkozy (la seule ?), c'est l'état du rapport droite-gauche en France, qui est largement favorable à la droite dans toutes les enquêtes (presque 60/40). Ça ne suffit évidemment pas à donner l'avantage au candidat de la droite - sinon les sondages placeraient Nicolas Sarkozy en tête au second tour - mais c'est une indication qui a toujours sa pertinence. Elle montre que les conditions politiques sont favorables à Nicolas Sarkozy mais que le jugement sur sa personne lui est défavorable. C'est la clé de l'élection : est-ce que, par rejet, par antisarkozisme, 10 % d'électeurs classés à droite peuvent voter Hollande ? 10 %, c'est beaucoup ; mais il a beaucoup irrité, beaucoup divisé, beaucoup dérangé les Français. Donc on ne peut pas exclure que la réponse soit oui.

C'est pour cela que Nicolas Sarkozy a tendance à droitiser son discours et sa campagne ?

Chez lui, le clivage est une seconde nature ; c'est aussi son intérêt. Plus il entraîne Hollande dans un affrontement droite-gauche, plus il échappe au débat sur le bilan et au rejet personnel qui le vise. C'est aussi pour ça qu'il remet en avant la "valeur travail", qu'il se prépare à revenir en force sur la sécurité et l'immigration - il a même rappelé Rachida Dati ! Il veut renouer les fils de la campagne de 2007, qui était moins rassembleuse que vigoureuse. Ce sera très dur. Il n'a pas réussi, l'autre jour à la télévision, à exprimer des regrets sur le Fouquet's sans bredouiller. Il aura encore plus de mal à faire bégayer l'histoire.

Ecoutez ci-dessous le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce mercredi 29 février 2012 :

Hervé Gattegno