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Quand le FN et l'UMP sont dans un bateau, l'UMP tombe à l'eau

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Après quatre jours de cacophonie, François Fillon a souhaité, hier mercredi, qu'on "élève le débat" et a désavoué la députée UMP Chantal Brunel, qui proposait de "remettre dans les bateaux" les immigrés venus des pays arabes. Un appel qui me réjouit, mais qui n'est pas suffisant…

Marine Le Pen conduira au naufrage ceux qu'elle mène... en bateau ! Et le problème, c'est que ça fait du monde à bord. Depuis le sondage de samedi dernier, qui a placé pour la première fois Marine Le Pen en tête des intentions de vote à la présidentielle, c'est à croire que tout le monde politique français est devenu fou. L'UMP est au bord de l'implosion, les plus durs redonnent de la voix, les centristes font de la résistance, les socialistes remettent en cause les primaires, tout le monde dénonce les sondeurs, mais attend le prochain sondage, Radio J invite Marine Le Pen, puis ne veut plus la recevoir, la droite et la gauche se disent que le report du procès Chirac va faire monter l'extrême droite... Bref, pour filer la métaphore maritime, c'est le bateau ivre ! Il était temps que François Fillon souffle dans la corne de brume. Mais ça ne peut pas suffire.

Le Premier ministre a déploré hier à l'Assemblée que ce soit "l'extrême droite qui fixe le calendrier médiatique et politique" et il a eu ce cri du cœur : "Cela doit cesser !" Est-ce que c'est encore possible ?

Disons que la bourrasque va forcément se calmer, mais qu'elle a fait quelques dégâts. Alors, on est tenté de répondre à François Fillon que c'est Nicolas Sarkozy qui a commencé avec son fameux débat sur l'islam. C'était la réponse à la sortie de Marine Le Pen sur les prières dans les rues. J'ai envie de dire aussi que si les principaux responsables politiques - à droite comme à gauche - avaient hurlé comme ils le devaient quand Marine Le Pen a proposé, la première, de repousser les immigrés en haute mer, sans doute qu'une Chantal Brunel aurait tourné sept fois sa langue dans sa bouche avant de proférer ses énormités marinières. Mais on n'a pas entendu une voix s'élever. Et ce qui devait arriver est arrivé : quand le FN et l'UMP sont dans un bateau, c'est l'UMP qui tombe à l'eau. Et ça fait plouf !

Quelle est la solution ? Que répondre à Mme Brunel - et à d'autres - qui disent qu'il ne faut pas abandonner ces thèmes à l'extrême droite ?

Que ça se discute. Le rôle du gouvernement n'est pas de lancer des débats, mais de résoudre des problèmes. Et celui de l'opposition consiste à proposer des solutions alternatives. Toutes les études montrent que les sujets d'inquiétude des Français, ce sont d'abord le chômage, le pouvoir d'achat, le déclassement, puis la sécurité et, loin derrière, l'immigration. Je ne vous parle même pas de l'islam ! Il y a 3 000 femmes qui portent le voile intégral en France, 30 minarets, moins de 10 quartiers où les musulmans prient dans les rues et aucun appel public à la prière. Donc il ne faut pas nier les problèmes là où il y en a, mais pas non plus les exagérer. Et il y a quelque chose que l'on peut très bien laisser à Marine Le Pen, c'est le jeu malsain qui consiste à attiser le sentiment anti-musulman, anti-arabe même, qui n'est rien d'autre que du racisme.

Jean-François Copé reproche à la presse d'en faire trop sur Marine Le Pen. Il a raison ?

C'est l'hôpital qui se moque de la charité. On ne peut pas dire qu'il faut lancer tous les débats sans tabou et attendre des journalistes qu'ils censurent le FN. Marine Le Pen doit être critiquée, contredite, contestée pour ce qu'elle dit - et c'est d'abord aux politiques de le faire. En refusant le suivisme, le simplisme et le cynisme. Et les arguments... bateau !

Ecoutez le «Parti pris» de ce jeudi 10 mars avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin :

« Quand le FN et l'UMP sont dans un bateau, l'UMP tombe à l'eau »

Hervé Gattegno