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Retraites, nationalisation, police... ce qu'il faut retenir du discours d'Elisabeth Borne

Devant une Assemblée nationale pas tout à fait acquise à sa cause, la Première ministre Elisabeth Borne a prononcé pendant plus d’une heure son discours de politique générale. Elle a évoqué de nombreux sujets et confirmé l’allongement de l’âge de départ à la retraite, annonçant au passage l’intention de l’Etat de détenir 100% du capital d’EDF.

C'était l'heure de son grand oral. La Première ministre Elisabeth Borne a prononcé face à l'Assemblée nationale son discours de politique générale. Pendant plus d'une heure, la seconde femme locataire de Matignon a accumulé annonces et confirmations dans un hémicycle loin d'être totalement acquis à sa cause.

D'abord, la Première ministre a confirmé la volonté du gouvernement d'augmenter l'âge de départ à la retraite des travailleurs français: "Notre modèle social est un paradoxe, l'un des plus généreux et l'un de ceux où l'on travaille le moins longtemps. Notre système de retraite est une exception alors que l'on part plus tard chez la totalité de nos voisins européens", a lancé Elisabeth Borne.

"Pour la prospérité de notre pays et la perennité de notre système par répartition, pour bâtir de nouveaux progrès sociaux, qu'aucun retraité n'ait une pension inférieure à 1100 euros par mois, oui, nous devrons travailler progressivement un peu plus longtemps", a-t-elle assuré.

"Le plein emploi est à notre portée"

Le "deuxième défi" du gouvernement, pour Elisabeth Borben "est de construire la société du plein emploi".

"Nous devons changer le plein emploi, le bon emploi : ce n'est pas une illusion, le plein emploi est à notre portée."

Elle assure que "lors du précédent quinquennat, nous avons déjà parcouru la moitié du chemin vers le plein emploi" avec une France qui a "le taux de chômage le plus bas depuis 15 ans, le taux de chômage des jeunes le plus bas depuis 40 ans."

Pour la Première ministre, ces résultats sont le fruit des "réformes de fond que nous avons faites: dévérouiller l'apprentissage, rendre le travail plus incitatif avec la réforme de l'assurance chômage..." Elle confirme, par ailleurs, la transformation de "Pôle emploi" en "France Travail".

"Des réponses radicales à l'urgence écologique"

Filant la métaphore du "Bâtir ensemble", Elisabeth Borne a affirmé vouloir "apporter des réponses radicales à l'urgence écologique" et estime que "devant les défis, il n'est plus question d'opposer les radicaux aux partisans d'une écologie des petits pas".

"Tous nous avons conscience des risques, tous nous devons faire bloc. Je prends ce mot de radicalité à mon compte. Nous engagerons des transformations radicales dans nos manières de produire, de nous loger, de nous déplacer, de consommer."

Par contre Elisabeth Borne "ne croit pas un instant que cette révolution climatique passe par la décroissance":

"Au contraire, la révolution écologique que nous volons mener, ce sont des innovations, des filière nouvelles, des emplois d'avenir. Car sans activité nous ne pourrions plus le financer."

Renationaliser EDF

Dans son discours de politique générale, la Première ministre a annoncé par surprise la renationalisation d'EDF, "pour gagner la bataille de l'énergie et de la production".

"Je vous confirme aujourd'hui l'intention de l'État de détenir 100% du capital d'EDF. Cette évolution permettra à EDF de renforcer sa capacité à mener dans les meilleurs délais des projets ambitieux et indispensables pour notre avenir énergétique", a annoncé la Première ministre.

En matière d'énergies, Elisabeth Borne demande de "consommer moins". Elle souhaite préparer les Français aux pires scénarios notamment "si la Russie venait à couper ses exportations de gaz": 

"Nous devons imaginer tous les scénarios concrets, même les plus difficiles et partager les conséquences avec tous les acteurs et avec les Français."

Des annonces pour "agir" contre le changement climatique

"Nous pouvons tenir mais chacun devra agir", déclare la Première ministre qui fait plusieurs annonces: "l'amplification de succès de la prime Rénov' pour rénover 700.000 logements" pour "éviter toutes les consommations inutiles dans le domaine du logement", dans les mobilités en investissant dans le ferroviaire dans "les transports du quotidien et les petites lignes".

Elisabeth Borne a aussi annoncé la volonté de son gouvernement de trouver des alternatives à la voiture thermique, alors que l'Europe a acté la fin de leur vente pour les véhicules neufs d'ici 2035.

"Nous voulons que les Français aient accès à une voiture zéro émission. Pour y parvenir nous prolongerons les aides à la conversion et nous mettrons en place un système de location longue durée à moins de 100 euros par mois. C’est un projet écologique et une ambition industrielle car nous construirons ces voitures électriques en France", assure-t-elle.

"Partout des solutions alternatives à l’usage individuel de la voiture thermique doivent être construites. Partout nous devons continuer à soutenir les mobilités propres et actives", ajoute la Première ministre

L'enfance "priorité du quinquennat", le salaire des enseignants revalorisé

"L'enfance sera une priorité de ce quinquennat" annonce Elisabeth Borne estimant que "la République de l'égalité des chances", un des fils conducteurs de son discours de politique générale, "se construit dès la naissance."

Ainsi, la Première ministre annonce la "revalorisation des salaires des enseignants" et un meilleur accompagnement des enseignants "dans leur évolution professionnelle" souhaitant mieux associer les acteurs de l'école aux évolutions du secteur.

Pour les plus petits, la Première ministre annonce que le gouvernement "répondra à la première préoccupation des parents aujourd'hui: le manque de solutions de garde pour les enfants et notamment ceux de moins de trois ans." Ainsi, elle souhaite bâtir "un service public de la petite enfance" pour offrir les 200.000 places manquantes.

"Honte à ceux qui attaquent nos policiers"

"Honte à ceux qui attaquent nos policiers et nos gendarmes. Honte à ceux qui tentent de dresser les Français contre ceux qui les protègent", a lancé la Première ministre Elisabeth Borne sous les applaudissements de nombreux députés avant de promettre le recrutement d'effectifs supplémentaires.

"200 nouvelles brigades de gendarmerie et 11 nouvelles unités de forces mobiles seront créées. Nous doublerons le temps de présence des forces de l’ordre sur le terrain d’ici 2030. Cela se fera grâce à nos recrutements, en allégeant les procédures", a-t-elle promis.

"Une profonde réforme de l’investigation sera mise en place avec une formation plus longue, le passage obligatoire de l’examen d’officier de police judiciaire et la création du poste d’assistant d’enquête", a également annoncé la Première ministre.

Des moyens supplémentaires pour la justice

Et pour aider l’action de la police, Elisabeth Borne veut une justice plus efficace : "La réponse c’est aussi l’efficacité de la justice, des réponses rapides et respectées. Il faut des moyens supplémentaires et des méthodes nouvelles", assure-t-elle promettant de garantir l’indépendance de la justice. 

La Première ministre veut recruter 8500 magistrats et personnels de justice supplémentaires "pour une justice plus proche, réduire les délais et permettre aux juges de se concentrer sur leurs missions fondamentales". 

Enfin, quarantaine d’établissements et 15.000 places de prison supplémentaires "seront livrées dans les prochaines années". 

Elisabeth Borne a réaffirmé son attachement à la laïcité, "un pilier de notre pacte républicain". Elle a dénoncé le séparatisme et l'islamisme "des périls mortels qui s'en prennent à notre unité républicaine, terreaux de la radicalisation et du terrorisme", évoquant en même temps son "refus des discriminations".

En même temps, elle a évoqué "le refus des discriminations" dans son combat pour l'égalité. 

Elle souhaite "prévenir et sanctionner toutes les discriminations" contre lesquelles le gouvernement luttera "avec intransigeance, qu'elles concernent le genre, la religion, la couleur de la peau, le handicap, l'orientation sexuelle".

"Chaque discrimination est une humiliation, une blessure, une violence", assure-t-elle. 
Guillaume Dussourt et Maxime Martinez