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Sarkozy devrait se méfier de Fillon

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC.

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Mardi, François Fillon s'est indigné à l'Assemblée des attaques de la gauche sur les « affaires ». Il a aussi affirmé qu'il mettrait « toutes ses forces » au service de la réélection du chef de l'État.

Au moment où de plus en plus de chefs de la droite s’interrogent sur la cote d’avenir de N. Sarkozy, personne ne peut penser que ces hésitations s’arrêtent au portail de Matignon. Ce que les sénatoriales ont mis en évidence, c’est, premièrement, la désorganisation de l’UMP, où tout le monde râle, critique, joue perso… On est loin du RPR et des « godillots » d’antan ! En deuxième, le ressentiment contre le chef de l’Etat. Eh bien cette (mauvaise) conjoncture suscite des conjectures. Et dans ces cas-là, comme toujours depuis deux ans, le nom qui est avancé comme celui d’un possible recours, c’est celui de François Fillon. Ça peut finir par lui donner des idées – surtout s’il les a déjà…

Oui mais justement, il vient de jurer une fois de plus qu'il fera campagne pour Nicolas Sarkozy, c'est un mensonge?

Disons qu’il se place dans l’hypothèse la plus probable : celle d’une candidature du président sortant. Donc Fillon soutient Sarkozy – comme la corde soutient le pendu… Qu’est-ce qu’il peut faire d’autre qu’attendre sa chute ? Que Sarkozy soit battu ou réélu, Fillon devra patienter 5 ans pour avoir sa chance. Mais si, pour une raison ou une autre, Sarkozy renonçait, à ce moment-là, Fillon serait le mieux placé. A condition d’avoir multiplié les signes de fidélité. C’est pourquoi, à l’Elysée, on n’aime pas les effusions et les hommages de Fillon : on se demande ce qu’ils cachent. Et dimanche, Sarkozy n’a pas du tout apprécié que le premier ministre proclame à la TV que la défaite sénatoriale marquait le début de la campagne de 2012. L’Elysée avait donné des instructions contraires !

Est-ce que le premier ministre pourrait aller jusqu'à forcer un peu le destin ? Est-ce qu'il pourrait essayer de s'imposer comme un candidat de remplacement ?

Il est peu probable que ça marche. Malgré son impopularité, Sarkozy reste le favori des électeurs de droite. Mais si Fillon veut tenter le coup, c’est maintenant. Sarkozy est très affaibli par les « affaires », la crise et les défaites. L’UMP doute de lui. Le problème, c’est que Fillon n’a pas le tempérament d’un putschiste. La loyauté n’est pas sa principale qualité (demandez à Chirac ou à Raffarin) mais ce n’est pas un bagarreur. Reste que si son rival est mal en point, qu’il lui tourne le dos et qu’un poignard est à sa portée, il peut avoir des picotements dans les doigts. L’an dernier, il n’a pas hésité à trucider Borloo. Sarkozy ne peut pas l’avoir oublié : le crime a été commis sous ses yeux !

Vous pensez toujours que c'était une erreur de ne pas avoir changé de premier ministre à l'automne dernier...

Ce qui est sûr, c’est que le maintien de Fillon – et l’humiliation de Borloo – ont ouvert dans la majorité une brèche qui n’a fait que s’élargir et que la perte d’autorité sur l’UMP n’a pas été résolue depuis. Comme en plus, la cote de Nicolas Sarkozy continue de plonger, le bilan est clairement négatif. La seule chose qui rassure à l’Elysée, c’est que Fillon aussi baisse dans les sondages. Il est vrai qu’en ce moment, chez les sarkozistes, pour ce qui est des bonnes nouvelles, on se contente de peu…

Ecoutez ci-dessous le "Parti pris" de ce mercredi 28 septembre 2011 avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno