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Sarkozy joue avec le feu, Hollande l'attise

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, du lundi au vendredi à 8h20 sur RMC.

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Depuis le 1er tour, les électeurs de Marine Le Pen sont l’objet de toutes les attentions de N. Sarkozy et de F. Hollande, qui cherchent tous les deux comment en récupérer une partie pour le second tour. Il y a là une surenchère inquiétante...

C’est fou de voir à quel point les Français qui ont voté pour M. Le Pen sont observés, choyés, sollicités. Le refrain de l’entre-deux tours, c’est : comment leur parler ? Sous-entendu : comment les ramener à la raison ? N. Sarkozy et F. Hollande ont des façons différentes de s’adresser à eux, mais avec en commun une forme de condescendance. Il ne faut plus dire que les électeurs lepénistes sentent le soufre mais qu’ils souffrent – et que le candidat compatit à leur détresse. C’est la vraie mesure de l’enracinement du FN : 25 ans après, on en revient à la phrase de L. Fabius : « Le FN apporte de mauvaises réponses à de bonnes questions. » Aujourd’hui, on admet qu’il y a de bonnes questions dans ce que dit M. Le Pen. Il manque toujours les réponses.

N. Sarkozy affirme que le FN est compatible avec la République. Cette phrase lui est reprochée. Est-elle contestable ?

C’est jouer sur les mots. Oui, le FN est « compatible » avec le régime républicain puisqu’il ne le remet pas en cause. Ce sont ses valeurs qui sont inconciliables à mon sens avec la devise républicaine – à coup sûr, le FN manque de « fraternité »… Cela dit, il y a bien pire que cette phrase dans ce que dit N. Sarkozy pour complaire à l’électorat lepéniste. L’« Europe passoire », les insinuations sur les étrangers qui profitent des aides sociales, les attaques en rafales contre l’islamisme… C’est une surenchère dénuée de toute subtilité – et d’une audace incroyable s’agissant de celui qui gouverne depuis cinq ans. Alors c’est vrai qu’il a dit hier qu’il refuse tout accord avec le FN – mais à l’entendre durcir sa campagne à ce point, on finirait par se demander pourquoi…

L’UMP insiste aussi énormément sur la question du droit de vote des étrangers, qui figure dans le projet de F. Hollande…

Oui et sur ce sujet, il n’y a pas d’intentions pures ni chez Sarkozy ni chez Hollande. Le droit de vote des étrangers, c’est un débat légitime qui n’a rien de malsain. Mais N. Sarkozy est mal placé pour agiter cette menace (si c’en est une) : il y a longtemps été favorable. Quant au PS, ça fait 30 ans qu’il ressort le sujet à la veille des élections pour diviser la droite en radicalisant une partie de son électorat. C’est un calcul cynique hérité des années Mitterrand, en tout cas peu propice au rassemblement des Français – d’ailleurs, au train où vont les choses, l’électorat de gauche aussi va se diviser sur la question.

Aucun candidat ne va profiter de ces polémiques ?

L’un et l’autre vont récupérer des électeurs du FN au second tour. Mais beaucoup risquent de ne pas être dupes de ces manœuvres. Le vote Le Pen exprime à la fois de la colère sociale et un malaise identitaire. F. Hollande veut apaiser la colère et il attise le malaise. N. Sarkozy, lui, veut apaiser le malaise et il attise la colère. Le vainqueur, quel qu’il soit, devra répondre aux deux. On parle beaucoup, ces jours-ci, à propos du 1er mai, de ce que c’est que le « vrai travail ». Eh bien voilà un « vrai travail » de président.

Ecoutez ci-dessous le podcast intégral du Parti Pris d'Hervé Gattegno ce jeudi 26 avril :

Hervé Gattegno