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Surprenez-nous, Monsieur Hollande !

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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Le week-end politique sera marqué par le discours que François Hollande doit prononcer dimanche au Bourget. Pour beaucoup d’observateurs, ce sera l'un des premiers tournants de la campagne. Mon parti pris est un appel au candidat : Surprenez-nous enfin, M. Hollande ! Mais comment ?

On serait tenté de dire : « n’importe comment », mais n’exagérons rien. Personne ne demande à François Hollande de se transformer en Léon Blum pour haranguer la foule ou en Barack Obama pour l’électriser. Déjà, la façon dont il reproduit les effets oratoires de François Mitterrand fait parfois plus penser à un imitateur qu’à un héritier. Je ne dirai pas non plus qu’il faut qu’il soit lui-même – il l’est certainement un peu trop depuis qu’il est en campagne : habile, subtil, simple dans le contact avec les gens. Son problème, ce n’est pas le manque de talent mais le manque d’allant. Il a promis de « réenchanter le rêve français » : pour l’instant, on ne rêve pas mais qu’est-ce qu’on roupille ! Pour François Hollande, le moment est venu de se réveiller.

Pourtant, Hollande est toujours en tête des sondages…

C’est vrai et pourtant, même chez ses partisans, il y a toujours un doute. C’est le paradoxe de la candidature Hollande : il a un profil rassurant, dont il use et abuse, mais il finit par inquiéter. De toute évidence, il a choisi de miser principalement sur l’antisarkozysme, ce qui revient à gérer son avance sans prendre le moindre risque. Il compte sur le rejet, pas sur le projet. Ses principaux handicaps apparaissent nettement : il manque de charisme, d’autorité et d’idées fortes. C’est cela qu’il doit changer s’il veut surprendre. Son avance peut lui permettre de gagner l’élection – même si elle a tendance à s’amenuiser. Mais il lui reste beaucoup à faire pour séduire les Français.

Concrètement, qu’est-ce qu’il devrait faire ?

Montrer qu’il sait où il va. Il se refuse à livrer un programme trop détaillé – il pense que s’il fait trop de propositions précises, ce sera autant de sujets de discorde, y compris au sein de la gauche (où on voit tous les jours que les divisions ne manquent pas). Mais s’il veut s’imposer, il doit fixer quelques objectifs clairs pour que ceux qui sont tentés par le vote Hollande comprennent ce que serait sa politique. Par exemple, lever les ambigüités sur son projet de réforme fiscale : dire qui paiera l’impôt sur le revenu, comment il imposerait une plus grande solidarité aux plus hauts revenus. Et puis aussi ébaucher son projet pour l’école – au-delà de sa promesse d’embaucher 60 000 profs, dont on ne sait plus très bien ce qu’elle vaut. Et d’une façon générale, dire comment il voit la France dans dix ans, où il veut la conduire. Ni avec des promesses, ni avec des formules ; avec des idées.

Ce manque d’autorité, c’est une impression qu’il peut réussir à balayer ?

Ce sera difficile parce que c’est plus qu’une impression. François Hollande n’est pas un homme qui tranche. Il esquive les difficultés plutôt qu’il ne les règle. D’où l’impression de cacophonie de sa campagne. Il n’y a plus de courants au PS, mais beaucoup d’étincelles ! Son pari, c’est que, à choisir entre l’hyperactivité façon Sarkozy et la bonhommie version Hollande, les Français préfèreront la seconde. Pour l’instant, les sondages lui donnent raison mais la prudence n’a jamais été un projet politique. Dimanche, il ne doit pas être lui-même mais se dépasser. Et surtout montrer s’il est capable de substituer à son statut de favori une stature de président.

Ecoutez ci-dessous le "Parti Pris" d'Hervé Gattegno de ce vendredi 20 janvier 2012 :

Hervé Gattegno