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Trois raisons de croire à la candidature de Borloo

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Jean-Louis Borloo a donc fait un nouveau pas hier mard – sur RMC – vers la candidature à l’élection présidentielle. Curieusement, alors qu’il ne cesse d’affirmer son ambition, la plupart des observateurs parient qu’il n’ira pas jusqu’au bout. Pourtant, je relève trois raisons d'y croire.

Il y a un mystère Borloo : cet homme-là n’est jamais pris complètement au sérieux, alors même qu’il a un bilan assez remarquable. Il a été maire, député, ministre ; il a contribué au redressement spectaculaire de la ville de Valenciennes, il a lancé un programme de rénovation urbaine qui a transformé beaucoup de quartiers français et il a réussi, avec le Grenelle de l’environnement, à poser les bases d’une politique écologique à partir d’une sorte de grand forum national. Rien de tout cela n’était gagné d’avance – c’est le moins qu’on puisse dire. On peut en conclure qu’il est capable de réussir là où personne ne croit en ses chances. Donc, pourquoi pas en 2012 ?

Donc ça, c’est une raison qui tient à sa personnalité. Quelles sont les autres ?

En politique, on a toujours tendance à juger que ce qui ne s’est jamais produit est impossible. A contrario, on peut relever qu’il y a eu un précédent : le centre-droit a déjà été au pouvoir sous la Ve République ; c’était sous Valéry Giscard d’Estaing, qui avait rassemblé les familles de la droite modérée pour créer l’UDF. On sortait d’une longue hégémonie gaulliste et il personnifiait une modernité à la fois technocratique et décontractée, avec une façon d’impliquer les Français et de s’adresser directement à eux ; et sur le fond, une ligne libérale, réformiste et européenne dont Borloo peut certainement revendiquer une partie de l’héritage. Il peut même y ajouter une fibre écologiste qui, par les temps qui courent, ne serait pas inutile.

Oui mais il n’est pas le seul sur le créneau centriste : il y a aussi François Bayrou. Est-ce qu’il peut y avoir plusieurs candidats du centre ?

Tout dépend de quel centre on parle. Bayrou a misé sur un centre géométrique, à égale distance de l’UMP et du PS. Au lieu de s’élargir, son espace s’est réduit. Borloo, lui, se situe clairement à droite. Son objectif, c’est de devancer Nicolas Sarkozy pour être le candidat de la droite au second tour. C’est un pari qui peut sembler un peu fou, mais qui se fonde sur un double constat : 1. Sarkozy reste très affaibli dans l’opinion, y compris dans l’électorat conservateur. 2. L’UMP est de plus en plus divisée entre son aile dure et une aile sociale, ce qui rend plausible le scénario d’une dispersion à la présidentielle – comme les gaullistes s’étaient divisés en 1974 ce qui avait fait gagner Giscard. Donc politiquement et arithmétiquement, Borloo peut y croire.

Certains de ses partisans le pressent d’annoncer vraiment sa candidature. Ils ont raison ?

Pas sûr. Il peut s’inspirer de la démarche de François Hollande, qui avait a priori au moins autant de handicaps que lui et qui a su imposer l’image de sa détermination. Borloo, lui, n’a pas besoin de faire un régime et il fait déjà des efforts pour se coiffer. Son moteur, c’est l’orgueil : Matignon lui est passé sous le nez l’an dernier et (quoi qu’il en dise) il a rêvé de gouverner la France. Et ce moteur carbure à la vengeance parce qu’il s’est senti humilié quand Fillon l’a traité de « zozo ». Pas besoin de refaire le plein tous les 100 kms sur la route du pouvoir. La vengeance, c’est un carburant qui a l’avantage d’être pratiquement inépuisable.

Ecoutez «le parti pris» de ce Mercredi 1er Juin 2011 avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin sur RMC :

Hervé Gattegno