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Ponts de mai: les salariés rient, les patrons pleurent. Et le PIB?

Pour la première fois depuis 1970, les Français ne travailleront que 16 jours en mai 2015.

Pour la première fois depuis 1970, les Français ne travailleront que 16 jours en mai 2015. - Bertrand Guay - AFP

Cette année le mois de mai est généreux en jours chômés. Sauf que tous ces jours fériés pourraient coûter à la France jusqu'à 5 milliards d'euros. Une catastrophe pour l'économie ? Pas vraiment. Explications…

Les jours fériés du mois de mai pourraient coûter jusqu'à 5 milliards d'euros à la France ! Pour la première fois depuis 1970, les Français ne travailleront que 16 jours, avec ces 5 week-ends complets. Dans le détail : 4 jours fériés en semaine (vendredis 1er et 8 mai, le jeudi de l'Ascension et la Pentecôte le lundi 25) et un jour de pont (après le jeudi de l'ascension). Une situation qui risque bien de ralentir l'économie. Selon l'Insee et l'OFCE, un jour chômé coûte jusqu'à 1 milliard d'euros à la France (0,06% du PIB selon l'OFCE). Toujours selon l'Insee, déjà à cause des jours fériés, en mai 2014, la production manufacturière avait nettement baissé en France (-2,3%).

"Ça permet de décompresser"

Pour les petits patrons, le mois de mai n'est pas vraiment le mois où les oiseaux de l'activité économique chantent. RMC s'est rendu dans une entreprise qui fabrique des écrans de vidéoprojection, à Dourdan, en Essonne. Dans cette entreprise qui ferme chaque année pour les ponts du mois de mai, les 47 salariés sont plutôt impatients d'y être. "C'est pas mal, oui, sourit une employée interrogée par RMC. Ça permet de décompresser les équipes, de remotiver les troupes au retour des ponts. C'est le mois qu'on préfère pendant l'année, car on peut profiter un peu des week-ends, et partir en famille. En tant qu'employée je suis contente".

"5 ou 6% de chiffre d'affaires en moins"

Mais pour le patron c'est une toute autre histoire. Éric Cantarel a fait le calcul: un tel mois impacte lourdement son chiffre d'affaires. "Dans l'industrie vous facturez ce que vous produisez. Donc si vous produisez moins, vous facturez moins. Ça peut être sans problème 5 ou 6 % de chiffres d'affaires qu'on n'aura pas pu prendre parce qu'on a manqué de jours de production".

Eric Cantarel ne demande pas la suppression de jours fériés mais ne serait pas contre une meilleure répartition dans l'année. "C'est bien que les gens puissent se reposer", reconnaît-il, mais il regrette que "tous les jours fériés soient concentrés sur un même mois juste après des vacances scolaires". "On est sur une période où la France a besoin de travailler, de produire, d'exporter, et on se met des bâtons dans les roues", estime-t-il. Alors pour rattraper le temps perdu, Éric Cantarel a prévenu ses salariés: il va falloir donner un bon coup de collier au mois de juin.

"Loisirs, restauration, en mai les gens consomment"

Mais l'économie française pâtit-elle réellement de ces ponts et jours fériés du mois de mai ? Pas vraiment, répond Mathieu Plane, économiste à l'Observatoire Français des Conjonctures Économiques (OFCE). "Il ne faut pas oublier que pendant ces périodes, les gens consomment plus en termes d'activités de loisir, de restauration, ce qui fait aussi de la création de richesse. L'un dans l'autre, il y a un effet d'équilibre, argumente-t-il. Du coup il n'y a pas d'effet à attendre de ces jours fériés du mois de mai sur l'évolution du Produit intérieur brut pour 2015. C'est un effet temporaire sur le mois de mai mais absolument pas sur l'ensemble de l'année".

Que les patrons se réjouissent: en 2016, les 1er et 8 mai tombent un dimanche. Et il y aura 29 jours en février ! De quoi rattraper ce joli mois de mai 2015.

Philippe Gril avec Jean-Baptiste Durand