RMC

Pour les éleveurs bovins, "le CETA, ce serait le coup de grâce"

-

- - AFP

Le Parlement européen a approuvé ce mercredi le CETA, accord commercial entre l'Union européenne et le Canada. Cet accord permettra au Canada, entre autre, d'exporter 50.000 tonnes de viande bovine par an (contre un peu plus de 4.000 actuellement) en Europe. Un point qui inquiète vivement les éleveurs comme Christian Drouin, également membre de la Confédération paysanne.

Christian Drouin est éleveur bovin en Vendée et responsable de la commission "viande bovine" à la Confédération paysanne:

"On était alerté depuis quelque temps sur les dangers du CETA. On craint que le Canada n'exporte que de la viande haut de gamme, car eux les consomment assez peu, ils consomment surtout du haché. Donc ces viandes-là viendraient concurrencer directement la viande bovine européenne. Eux ont des coûts plus faibles, ils ont de grandes exploitations, sur le système américain des feed lots (immenses parcs d'engraissement intensif).

La filière est déjà très fragile, ça pourrait vraiment être le coup de grâce. La restauration n'hésitera pas à faire venir ces viandes-là qui seront à meilleur marché.

C'est dans le secteur de la viande bovine que les revenus les plus faibles. En 2015, on était à 16.000 euros par unité de travailleur par an, en 2016 on va être encore plus bas. Moi je suis installé depuis 1986, on a toujours eu des revenus très très bas, avec des beaucoup de contraintes.

Si on rajoute à ça cette viande du Canada dans un marché qui est déjà excédentaire, ça risque d'être compliqué. Et il y a aussi une baisse de la consommation, avec les campagnes anti-viande qui n'aident pas. On n'avait donc surtout pas besoin de cette viande.

"La filière bovine est peu de chose"

On continue la mobilisation, mais on ne sent pas beaucoup de courage de la part du gouvernement parce que la filière bovine est peu de chose par rapport aux avantages que d'autres pourront en tirer. D'autres secteurs vont profiter du CETA, mais la filière bovine pas du tout.

Moi j'ai été obligé de me diversifier en 1997 suite à la crise de la vache folle. Je m'étais déjà posé la question d'arrêter la production car je ne voyais pas d'autre issue. Pour tenir économiquement sur la ferme, on a monté un atelier de volaille. Heureusement que l'on a ça sur l'exploitation.

Si le CETA passe, la question de l'abandon de l'exploitation se posera. Si les revenus restent tels qu'ils sont, que le CETA entre en vigueur, après ça sera d'autres négociations avec d'autres pays… Ce libre-échange c'est limite, ça profite à une minorité de gens mais c'est compliqué.

Ça peut tuer l'élevage bovin en France. Et puis ils nous certifient que ce sera de la viande sans hormone, sans OGM mais une grande partie de la viande au Canada n'est pas aux mêmes normes que nous".

Propos recueillis par Paulina Benavente