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Pourquoi l'espérance de vie est-elle désormais plus grande à la ville qu'à la campagne?

EXPLIQUEZ-NOUS - On vit plus vieux en ville qu’à la campagne. C’est le résultat d’une étude publiée mercredi et c’est un phénomène nouveau.

L'écart est d’un peu plus de deux ans pour l'espérance de vie des hommes. 80,7 ans pour ceux qui vivent dans les grandes villes, 78,5 pour ceux qui vivent à la campagne, dans ce qu’on appelle les zones hyper rurales. Pour les femmes, la différence est moins importante.

Et effectivement c’est nouveau. En 1990, il n’y avait pratiquement pas d’écart entre l'espérance de vie des urbains et celle des ruraux. On était pour les hommes à environ 73 ans en ville comme à la campagne. Cette inégalité face à la mort entre les urbains et les ruraux n’existait pas il y a 30 ans.

Comment explique-t-on cet écart qui se creuse ?

Principalement par l'accès aux soins. Les ruraux sont 20% de moins que les citadins à se rendre à l'hôpital. Ils ont moins accès à la prévention, se font moins dépister, consultent moins leur médecin traitant, tout simplement parce qu’ils ont moins souvent un médecin traitant.

Dans la Sarthe, on compte 5 médecins pour 10.000 habitants alors que le seuil critique est à 6. Dans le Gers, 6 médecins sur 10 ont plus de 55 ans. En corse, un village sur deux est considéré comme un désert médical.

Tout cela à cause d’une grave erreur des pouvoirs publics pendant 30 ans. Le numerus clausus trop bas : trop peu d’étudiants admis au concours de médecine.

Depuis le milieu des années 2000 les choses ont changé. Ont est passé de 3.500 places par an à plus de 9.000. Il y aura donc bientôt beaucoup plus de jeunes médecins qui s’installent que de départs à la retraite. Et c’est une bonne nouvelle.

Sauf qu’ils sont peu nombreux à vouloir s’installer à la campagne. L’association des maires ruraux réclament des mesures d’incitation, voire d’obligation. Un jeune diplômé devrait être forcé à s'installer dans un désert médical pour être conventionné. Aucun gouvernement ne s’y est jamais résolu. Ce qui fait dire aux maires ruraux que l'État a baissé les bras face à la fracture territoriale en matière de santé.

Toujours autant d'inégalités entre riches et pauvres

La plus grande inégalité en matière d'espérance de vie, ce n’est pas entre les urbains et les citadins, c’est entre les riches et les pauvres. Cette inégalité là n’est pas nouvelle. Mais elle se creuse.

Pour les hommes, les plus riches, ceux qui gagnent plus de 5.800 euros par mois, vivent 13 ans de plus que les plus pauvres, ceux qui sont au RSA. Les 5% les plus aisés vivent en moyenne jusqu'à 84 ans et demi. Les 5% les plus modestes ont moins de 72 ans. Ce qui veut dire que les hommes les plus riches profitent de la retraite plus de 20 ans et les plus pauvres, moins de 10 ans.

Pour les femmes, l'écart est un peu moins important mais il est tout de même de 8 ans entre les riches et les pauvres.

L'espérance de vie moyenne des français n’a cessé d’augmenter

Depuis toujours. On vivait en moyenne jusqu'à 25 ans sous Louis XIV. Jusqu'à 30 ans sous Napoléon, un siècle plus tard. 45 ans, au début du XXe siècle. Presque 80 ans aujourd’hui.

Ces dernières années la progression a stagné. Il y a même eu une petite baisse de l'espérance de vie pour les femmes en 2011 et 2015. Et pour les hommes en 2014. Cette année, 2020 devrait être une année de baisse pour les hommes et les femmes.

Mais la tendance reste au prolongement de la vie. On a gagné deux ans et demi en 10 ans. Cela veut dire trois mois par an. Et les démographes prévoient que cela va continuer. En 2070, dans 50 ans, l’espérance de vie devrait être de 93 ans pour les femmes et de 90 ans pour les hommes.

Comment se situe la France dans le monde?

On est bons. Mais peut-être pas autant qu’on le croit parfois. On est au dixième rang mondial avec une espérance de vie de 82,4 ans. Le Japon est le pays où l’on vit le plus vieux, devant la Suisse. On y vit un an de plus qu’en France. 83 ans et demi. Les 20 derniers pays sont 20 pays d'Afrique où l’on vit en moyenne entre 50 et 60 ans.

Nicolas Poincaré (avec J.A.)