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Prime pour les décrocheurs scolaires: "Ce n'est pas un problème d'argent"

De l'argent pour lutter contre le décrochage scolaire, c'est le principe que vient d'adopter le Conseil supérieur de l'Education. (Photo d'illustration)

De l'argent pour lutter contre le décrochage scolaire, c'est le principe que vient d'adopter le Conseil supérieur de l'Education. (Photo d'illustration) - AFP

Le Conseil supérieur de l'Education, sur proposition du gouvernement, a adopté jeudi le principe d'une prime de 600 euros pour les décrocheurs scolaires. Une mesure qui reçoit un accueil mitigé.

Un coup de pouce financier pour les décrocheurs à la rentrée 2016. Le Conseil supérieur de l'Education, sur proposition du gouvernement, a adopté jeudi le principe d'une prime de 600 euros pour les décrocheurs boursiers, âgés de 16 à 18 ans, qui ont interrompu leur scolarité pendant plus de cinq mois.

Etalée sur trois trimestres, cette prime s'ajoutera à la réactivation du dossier d'aides sociales, d'environ 400 euros par an. En France, plus de 100.000 jeunes quittent le système scolaire chaque année sans qualification. Ils sont alors qualifiés de "décrocheurs". C'est en moyenne un jeune sur six.

"Une très bonne chose"

Valérie Sipahimalani, secrétaire générale du Snes, premier syndicat des enseignants du second degré, juge que cette mesure a du bon, même si elle est loin de résoudre tout le problème.

"Cette prime va certainement aider certains élèves à acheter du matériel pour retourner dans les études. Et donc pour nous, c'est une très bonne chose", explique-t-elle sur RMC. "Ce sont souvent des élèves qui sont en difficulté financière, où issus d'un milieu qui a du mal à les soutenir. Donc ça, c'est très bien. Ce qu'il faut surtout, c'est qu'ils arrivent à trouver une place vacante, qui corresponde à la formation qu'ils souhaitent faire. Ces décrocheurs ne sont pas prioritaires pour avoir une place dans les lycées, donc il faut qu'il y ait des places vacantes. C'est ça le plus important".

"On marche sur la tête"

Sébastien Huyghe, porte-parole du parti Les Républicains, se dit tout à fait opposé au principe d'une prime pour les décrocheurs.

"On marche sur la tête", soupire-t-il. "On incite les jeunes à décrocher, à ne pas aller à l'école. Comme ça, lorsqu'ils reviendront, au bout de cinq mois, ils bénéficieront de la prime. C'est vraiment par l'incitation à venir, dans des dispositifs qui vont leur permettre d'avoir une formation et un emploi, qu'on aura la solution au décrochage. Ce n'est pas avec une carotte et un chèque, vraiment. Comme principe éducatif, on fait mieux".

"Ça ne peut pas faire de mal, mais"

Anne-Marie Le Gallo-Piteau, secrétaire nationale à l'enseignement professionnel et technologique au sein su Snalc, syndicat d'enseignants du second degré de l'Education nationale, ne se montre pas, elle non plus, complètement convaincue.

"Le problème n'est pas un problème d'argent", évalue-t-elle. "Les élèves qui décrochent sont généralement des élèves qui manquent de maturité. Et les 600 euros ne leur donneront pas les un ou deux ans de maturité - voire cinq - qu'il leur faudrait. Le collège unique et le lycée nécessairement en trois ans, ça n'autorise pas des gens qui ont des capacités différentes, mais réelles, à avancer à leur rythme. Donc la mesure financière ne peut pas faire de mal, mais ce n'est pas ça qui va résoudre la question des décrocheurs".

En plus de l'enjeu humain et social, le décrochage coûte cher à la société. Selon le ministère de l'Education nationale, un décrocheur scolaire entraîne un surcoût pour la société d'au moins 230.000 euros sur toute sa vie. La mesure doit donc permettre d'inciter les jeunes à raccrocher, via des formations qualifiantes.

C. P. avec Benoît Ballet