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Procès du double meurtre d'Echirolles: "Il ne faut pas qu'ils soient morts pour rien"

REPORTAGE - Kevin et Sofiane avaient été lynchés à mort à Echirolles, dans l'Isère, en 2012. A partir de ce lundi et pendant six semaines, douze suspects comparaissent devant la Cour d'assises de Grenoble. A quelques heures du procès, RMC est retournée sur place pour voir ce qui a changé.

Les faits sont à peine croyables. Il y a trois ans, le 26 septembre 2012, à la sortie d'un lycée d'Echirolles, dans la banlieue sud de Grenoble (Isère), deux élèves se bagarrent après un échange de mauvais regard. L'une des victimes prévient alors son frère, Kevin, qui tente, avec son ami Sofiane, de calmer les esprits lors d'une deuxième altercation. Mais en début de soirée, une vingtaine d'individus venus d'un quartier voisin de la ville, armés jusqu'aux dents, débarquent pour se venger.

"Cela peut arriver à n'importe qui"

S'en suivra un déferlement de violence inimaginable: 36 coups de couteau reçus par Sofiane, une douzaine recensés sur le corps de Kévin. A cela s'ajoutent des coups de manches de pioches, de marteau ou encore de scooter, et même des morsures de chiens. Des actes qui, à l'époque, avaient fortement ému le quartier, d'habitude assez calme. Trois ans après les faits, qu'en est-il à l'heure où le procès de douze accusés s'ouvre ce lundi devant la Cour d'assises de Grenoble? Forcément le souvenir du drame est dans tous les esprits.

"Etant maman de trois garçons, je ne veux pas qu'ils baissent la tête, je ne veux pas que, pour un simple regard, il puisse arriver ce genre de drame", témoigne cette habitante du quartier. Suite à ce double meurtre, une vingtaine d'amis de Kevin et Sofiane ont fondé une association pour la non-violence: Agir pour la Paix, un collectif qui s'adresse principalement aux collégiens et lycéens. "Kevin et Sofiane n'étaient pas des jeunes de cités. C'est arrivé à eux mais cela peut arriver à n'importe qui aujourd'hui. Du coup, on vise tout le monde, des jeunes de n'importe quel horizon", explique Rachid Oulaouk, l'un des fondateurs de cette association.

"On attend des peines exemplaires"

"On leur parle de violence, une violence bien présente dans la société. Il faut donc faire en sorte que celle-ci n'existe plus. On agit contre ça et on essaye de leur donner les moyens de la résoudre", ajoute-t-il. Zoulikha connaissait elle aussi Kevin et Sofiane, deux grands frères très impliqués dans la vie de leur quartier. "Ils avaient des principes d'échange, de partage, de paix, de tolérance… C'étaient des grandes personnes et par conséquent on veut vraiment que leurs valeurs continuent à vivre et se battre pour ce en quoi ils croyaient tous les deux. C'est la meilleure chose qu'on puisse faire pour leur rendre hommage", soutient-elle.

Et qu'attendent-ils du procès? "Tout, assure Rachid Oulaouk. Il ne faut pas que Kevin et Sofiane soient morts pour rien. Il ne faut pas que demain des jeunes se disent qu'ils vont pouvoir prendre des haches, des couteaux ou autres et aller tuer. Non". Et de poursuivre: "On attend donc des peines exemplaires, lourdes. Si on voit que la justice est sévère avec les meurtries, la violence cela nous encourage dans notre message".

Maxime Ricard avec Gwenaël Windrestin