RMC

Qu’est devenu Darius, le Rom lynché et laissé pour mort à Pierrefitte-sur-Seine?

DROIT DE SUITE - Chaque matin, retour sur un sujet, un personnage, un lieu qui a marqué l'actualité de ces derniers mois. Ce mercredi, RMC revient sur l'histoire de Darius, Rom de 17 ans, laissé pour mort, le 13 juin 2014, dans un chariot au bord de la nationale 1 à Pierrefitte-sur-Seine (93).

L’image a fait le tour du monde. Une photo affligeante. Celle de Darius, un adolescent rom de 17 ans. Sur le cliché, il a le visage tuméfié, les yeux clos, un t-shirt maculé de sang: on l'a laissé pour mort dans un chariot au bord de la nationale 1 à Pierrefitte-sur-Seine (93). Un fait-divers qui remonte au 13 juin 2014. Quelques heures auparavant, Darius a vécu l’enfer, victime d’une vindicte populaire. L'adolescent a été désigné par un enfant comme l’auteur d’un cambriolage dans la cité des Poètes, juste en face du camp de Roms de Pierrefitte.

Une dizaine d’hommes de la cité ont voulu se venger. Ils ont enlevé le jeune Rom, l'ont emmené dans une maison abandonnée, l’ont tabassé, électrocuté, tout cela pendant des heures, avant de le laisser pour mort. Darius a ensuite passé trois semaines en réanimation, puis plusieurs mois en rééducation.

"Il ne peut rien faire tout seul"

A l’époque, François Hollande dénonçait "des actes innommables et injustifiables, qui heurtent tous les principes sur lesquels notre République est fondée". Depuis, plus rien, comme le regrette Julie Launois-Flacelière, l’avocate du jeune Rom : "Il n'y a eu absolument aucune mobilisation des pouvoirs publics en dehors de ces effets d'annonce. On en a énormément parlé dans les médias, on lui a donné un toit et on a estimé que c'était suffisant, qu'il pourrait vivre dans ces conditions". Sauf que Darius a aujourd’hui de lourdes séquelles physiques, sa mémoire est très gravement atteinte et il a également beaucoup du mal à se concentrer.

"C'est un jeune qui ne peut rien faire tout seul, assure son avocate. Il est resté trois semaines dans le coma. Il ne peut se faire à manger, s'habiller seul ou encore se déplacer sans qu'il y ait un proche à côté de lui. Par ailleurs, il n'a même pas eu le droit à un interprète pour l'aider dans son suivi médical. C'est donc extrêmement compliqué car il ne parle pas français. Or aucun moyen n'a été mis à sa disposition ni à celui de l'hôpital pour qu'ils puissent communiquer".

"Sa famille fait la manche pour subvenir à ses besoins"

Et sans moyen de communiquer, impossible d’évaluer l’impact psychologique de cette agression. Darius a été relogé, il vit aujourd’hui reclus avec sa famille dans un hôtel du nord parisien. Fini donc le camp de Roms, mais la misère, elle, est toujours là. "Il a fallu qu'il se débrouille pour manger et cela sans l'aide d'accompagnement social, rappelle Julie Launois-Flacelière. De toute façon, c'est un jeune homme qui ne peut rien faire à l'heure actuelle. Il ne peut pas travailler ni suivre de formation parce qu'il n'a pas les capacités intellectuelles pour le faire du fait du traumatisme qu'il a subi. Du coup, c'est sa famille qui fait la manche pour subvenir à ses besoins.

Et du côté de la justice, l’enquête piétine. Si les enquêteurs ont procédé à plusieurs interpellations, Darius n’a pas reconnu ses agresseurs qui portaient une cagoule au moment du lynchage. De plus, l’ADN retrouvé dans le chariot n’a permis aucune identification… "Toutes les pistes ont été explorées" selon un enquêteur. Il y a plus d’un an, Manuel Valls réclamait "des arrestations rapides" mais à ce stade, sans élément nouveau, les agresseurs de Darius pourraient tout simplement échapper à la justice.

Guillaume Chièze avec Maxime Ricard