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Quand des jeunes de cités rénovent un commissariat

Des jeunes de cités rénovent depuis lundi le commissariat de Garges-lès-Gonesse (illustration)

Des jeunes de cités rénovent depuis lundi le commissariat de Garges-lès-Gonesse (illustration) - AFP

REPORTAGE – A Garges-lès-Gonesse, dans le Val-d'Oise, six jeunes de quartiers sensibles, encadrés par l'association de prévention spécialisée "Berges", rénovent jusqu'à vendredi un bâtiment un peu spécial: le commissariat.

Ils sont six, quatre garçons et deux filles, sont âgés de 17 à 19 ans, viennent de quartiers sensible et, pour la majorité, sont en lycée professionnel. Depuis lundi et jusqu'à vendredi, ces jeunes, encadrés par l'association de prévention spécialisée "Berges", rénovent le commissariat de Garges-lès-Gonesse (Val-d'Oise). Ce programme, à l'initiative de la mairie et de la préfecture du département, est un chantier éducatif permettant aux jeunes de mettre un premier pied dans le monde professionnel.

"Ils ont trouvé ça bizarre"

Rénover l'étage d'un commissariat, ça fait jaser les copains d'Aïcha, 17 ans. Grattoir à la main, elle ponce le mur avec à ses côtés Mamadou, sur l'escabeau en train de scotcher les coins avant de peindre. "Ils ont trouvé ça bizarre, reconnait-elle. Qu'est-ce tu vas aller faire dans un commissariat? Ils m'ont trouvé ridicule mais pour moi c'est tout bénéfice car à la fin il y a une récompense". En effet, les jeunes seront rémunérés 350 euros pour leur semaine de travaux.

Un coup de pouce dont Aïcha se servira pour financer son permis de conduire. Autre objectif du chantier, améliorer les relations entre la jeunesse et les services de police. Aïcha, elle, a déjà changé d'avis: "De l'extérieur, je les voyais plutôt comme des personnes fermées, les méchants… Mais, en travaillant au sein de leur établissement, je les ai trouvé plutôt ouverts, gentils".

"Multiplier ce genre d'actions"

L'impact sur le terrain est lui aussi réel comme en atteste le commissaire du secteur: "Quand nous intervenons, nous avons maintenant régulièrement des jeunes qui viennent vers nous en disant à leurs copains 'Je connais ces policiers, laissez-les tranquilles'". Une amélioration des relations confirmée par Jonathan Queue-Scalone, éducateur à l'association "Berges": "Les jeunes voient les policiers sous un autre angle. Des policiers qui rentrent de patrouille, prennent le café, ont une vie de famille, qui rigolent entre eux…"

"Si un seul jeune a modifié son regard sur la police ou inversement, je pense que c'est déjà une grande victoire, estime-t-il encore. Il faudrait donc multiplier ce genre d'actions car plus il y aura de rencontres et meilleures seront les relations entre les jeunes et les policiers". En août, déjà, un premier chantier avait permis la rénovation de l'entrée du commissariat. Une réussite.

Maxime Ricard avec Antoine Boyer