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Rachat d'Alcatel-Lucent par Nokia: "On se demande ce qu'on va devenir"

Nokia et Alcatel-Lucent vont fusionner

Nokia et Alcatel-Lucent vont fusionner - ERIC PIERMONT / AFP

Alcatel-Lucent et Nokia ont annoncé mercredi un accord permettant le lancement d'une procédure de fusion des deux équipementiers en télécommunications dans une entité nommée Nokia qui sera basée en Finlande. Un accord qui préoccupe énormément les salariés d'Alcatel-Lucent.

Faire de deux petits, un grand, un "champion". Nokia et Alcatel-Lucent ont annoncé mercredi un accord de fusion en vue de créer un leader mondial de l'innovation des technologies pour les prochaines générations. Concrètement, les deux équipementiers en télécommunications seront regroupés dans une entité nommée Nokia qui sera basée en Finlande et détenue aux deux tiers par les actionnaires actuels du groupe finlandais. Une annonce loin de réjouir les salariés d'Alcatel-Lucent rencontrés par RMC alors même qu'Emmanuel Macron a promis: "Il n'y aura aucune destruction d'emploi".

"Je suis très inquiet"

Habitué aux plans sociaux (dix depuis l'année 2000 !) Farchi Fao-Cenni, ingénieur au centre Recherche et Développement du groupe basé à Nozay (Essonne) où travaille 4 000 personnes, ne croit pas en l'engagement pris par le ministre de l'Economie. Pour lui être racheté par Nokia, c'est synonyme d'un nouvel écrémage: "Je suis très inquiet, stressé de peut-être voir des collègues partir, être licenciés. Comme beaucoup d'ingénieurs ici, j'ai tout le temps peur", assure–t-il dans Bourdin Direct.

Il ajoute, fataliste: "Les gens qui dirigent Nokia ne sont pas des assistantes sociales. Ils sont là pour dégager des bénéfices. S'il y a des salariés qui font la même chose des deux côtés, ils vont forcément en virer". Au-delà des éventuels doublons, il y a les activités d'Alcatel qui n'intéressent pas du tout Nokia et qui devraient, donc, être laissées de côté.

L'Etat peut s'opposer à la fusion

"Nous, on fabrique des câbles qui relient les continents pour internet et Nokia n'est absolument pas présent dans ce secteur. On est une toute petite activité mais on n'a probablement pas notre place dans ce mécanisme. On se demande donc ce qu'on va devenir alors même qu'on est une activité stratégique", se désole sur RMC Laurent, ingénieur à la section câble sous-marin.

Mais ce rachat n'est pas un rachat comme un autre car Nokia s'attaque aux télécoms, un secteur clé de l'économie française. Or depuis un décret pris par Arnaud Montebourg, l'Etat peut s'opposer à une fusion. "Le décret Valls-Montebourg permet de protéger les industries stratégiques et les télécoms en sont une. Dès lors, le gouvernement peut donc s'opposer à Alcatel-Lucent et Nokia, exiger certaines choses et même mettre en péril la fusion", explique Pascal Guihéneuf, délégué syndical CFDT. Les syndicats attendent donc un rendez-vous, à Bercy, avec le ministre de l'Economie.

Maxime Ricard avec Pierre Rigo