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Réforme de l'islam: "Des imams auto-proclamés un petit peu partout"

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé mercredi des pistes pour une réforme de l'islam de France. Certains visent à améliorer la formation des imams. RMC fait le point de la situation avec des responsables musulmans.

La formation des imams est une des priorités de la réforme de l'islam de France, dont plusieurs pistes ont été annoncées mercredi par le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve. Deux fois par an, une instance de dialogue – constituée d'élus du Conseil français du culte musulman (CFCM), d'imams de plusieurs régions françaises, mais aussi d'intellectuels et d'universitaires-, se réunira "autour du premier ministre" pour débattre "des questions de la formation des imams" et de "l'abattage rituel".

Aujourd'hui la formation des imams est compliquée car il n'existe que très peu de centres de formation théologiques islamiques (environ quatre ou cinq, selon les sources). Les imams sont nommés par les associations cultuelles qui gèrent les mosquées, et qui n'ont pas toujours les moyens de les salarier.

"Il suffit qu'ils se laissent pousser la barbe, qu'ils portent le turban et s'habillent en blanc"

"Le problème, c'est qu'il y a des imams auto-proclamés un petit peu partout", explique sur RMC Abdallah Zekri, membre du bureau exécutif du CFCM. "Je connais des gens qui étaient vendeurs de légumes qui se sont retrouvés imams parce qu'ils connaissent un peu le Coran. Il suffit qu'ils se laissent pousser la barbe, qu'ils portent le turban et s'habillent en blanc. Là aussi il faut mettre de l'ordre et peut-être que dans cette instance il y aura des gens spécialisés dans la question de l'enseignement (théologique)", espère-t-il sur RMC.

"Une des difficultés c'est qu'en France nous n'avons pas d'enseignants maitrisant suffisamment les sciences islamiques pour mettre en place ces structures de formation des imams sur le sol français", explique Murat Ercan, président de la faculté libre de théologie islamique de Strasbourg. Par conséquent, "nous avons besoin de l'appui des pays musulmans".

"Il n'y a pas d'islam de France, parce qu'il est sous-traité par l'étranger"

Abdelali Mamoun, porte-parole du conseil des imams de France, invité ce jeudi d'Adrien Borne sur RMC, dénonce justement cette influence étrangère sur les imams français. "Il n'y a pas d'islam de France, parce qu'il est sous-traité par l'étranger. Les imams qui sont salariés par les fédérations étrangères ne peuvent pas s'exprimer parce qu'ils sont menacés d'être évincés de leur fonction", pointe-t-il. Pour lui, "ce dont les musulmans ont besoin aujourd'hui c'est d'une référence religieuse et théologique, une instance d'imam, à l'image du consistoire des rabbins ou de la conférence des évêques de France". Sauf que "le CFCM n'est composé que de laïque, et cela provoque une frustration chez les musulmans. Il faut que les jeunes (pratiquants) aient des référents. Le CFCM a un rôle représentatif et organisationnel, mais pas religieux".

P. Gril avec V. Voldoire et A. Borne.