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Réforme du collège: pourquoi je ne l'applique pas dans mes classes

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des chosesLes profs sont appelés à la grève jeudi pour protester contre la réforme du collège. Laure, professeur de français dans un collège des Yvelines, fait grève et elle explique à RMC.fr pourquoi elle ne compte pas appliquer la réforme dans ses classes.

"Je suis en grève et je demande le retrait de la réforme. Je voudrais aussi que les gens comprennent qu'on enlève des choses et que rien ne se crée.

Les fameux enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) sont des enseignements qui sont pris sur les disciplines classiques. L'an dernier j'avais 5 heures de français et 1 heure en plus pour pouvoir prendre des petits groupes d'élèves. Maintenant je n'ai plus que 4h30 de français et si je décide de prendre des EPI ou des AP (Accompagnements personnalisés) ce sera sur ces heures-là. Donc je perds une heure de français.

Les nouveaux horaires nous font perdre des heures alors qu'on explique à l'opinion publique que le but est de maintenir les fondamentaux et d'aider les élèves en difficulté. En réalité, on enlève des heures de cours.

"Une réduction drastique des horaires"

La réforme impose aussi 26 heures par semaine de cours, pas plus. Avant les élèves avaient un tronc commun et pouvaient rajouter des heures selon leurs goûts, leurs talents ou leurs besoins, une langue supplémentaire, du théâtre… Maintenant ils ne peuvent plus. C'est donc une réduction drastique des horaires: et avec moins de temps, on peut moins leur transmettre de choses.

L'intérêt c'est de faire de grosses économies tout en faisant croire qu'on crée des choses alors qu'on en supprime.

"Des pressions dans certains établissements"

C'est vrai qu'en dernier ressort, c'est l'enseignant décide du contenu de son cours. Mais il y a des pressions qui ont été exercées dans certains établissements, donc certains collègues cèdent. Les chefs d'établissement ont quand même des formations en management qui sont aussi sympathiques que dans le privé. C'est de la mise en concurrence, de l'humiliation, de la menace.

Moi j'ai découvert en voyant mon emploi du temps que je n'avais plus aucune heure supplémentaire ce qui n'était pas le cas l'année dernière alors que j'en avais demandé et que je n'étais plus non plus professeur principal [ce qui lui permettrait de gagner davantage].

Pour les enseignants, c'est une réforme très violente puisque c'est une remise en cause de notre formation et de nos savoirs, de ce que l'on transmet. Il y a aussi le sort de générations entière qui risquent de pâtir de ces savoirs transmis à la va vite et qui sera très inégalitaire".

Le réforme du collège, une des mesures-phare du quinquennat de Hollande

La réforme du collège est entrée en vigueur à la rentrée 2016 après 18 mois de polémique. Elle introduit les EPI, ces "enseignements pratiques interdisciplinaires" qui mêlent plusieurs disciplines au sein d’un même cours. Elle met également en place l'AP, "accompagnement personnalisé". Destinée à redynamiser le collège et améliorer l'égalité des chances selon le gouvernement, elle reste vivement critiquée par plusieurs syndicats d'enseignants, traditionnellement à gauche, et une grande partie des candidats à la primaire de la droite.

Propos recueillis par Paulina Benavente