RMC

Réformer l'islam de France: "Il faut passer la période électorale, on ne pourra pas traiter ce sujet sereinement"

Dans un entretien au Monde, Manuel Valls a appelé vendredi à "bâtir" un nouveau modèle pour l'islam de France. Une volonté saluée sur RMC par Ahmed Orgas, vice-président du CFCM qui estime toutefois que le débat sera difficile à mener en pleine période électorale.

"Il faut inventer une nouvelle relation avec l'islam de France". Après les attentats successifs qui ont touché la France, Manuel Valls dans une interview au Monde a fait part de sa volonté de lutter contre le radicalisme religieux, notamment en construisant "un nouveau" modèle pour la deuxième religion de France. Des propos bien accueillis par Ahmed Orgas, vice-président du CFCM.

"Aujourd'hui que ce soit les représentants des partis politique de droite ou de gauche, du gouvernement, ils sont tous dans une réflexion sur les relations avec les représentants de l'islam de France, ce qu'on peut faire pour améliorer les relations entre les musulmans et l'Etat", salue-t-il. 

Interdire le financement étranger: "une annonce politique"

Pour parvenir à ce nouveau modèle, Manuel Valls estime notamment que les imams doivent exclusivement être formés en France et que "pour une période à déterminer", le financement étranger des mosquées ne soit plus possible. Une mesure qui serait destinée à empêcher l'influence de doctrines radicales venues de l'étranger dans le culte pratiqué en France. Mais pour Ahmed Orgas, il s'agit "plutôt d'une annonce politique".

"Il y a très peu de financement de l'étranger. Si personne n'en veut qu'ils l'interdisent et qu'ils appliquent la loi (...). J'invite notre ministre Manuel Valls à chiffrer les aides qui sont faites par ces Etats et sur quelles mosquées pour clôturer ce débat qui n'est pas sain, pas constructif", regrette-t-il.

Difficile actuellement de dire combien de mosquées en France ont reçu un financement de l'étranger. Ahmed Orgas les chiffre à "moins de dix" "sur 30 ans de constructions récentes". 

"Pas de salafisme dans les grandes mosquées"

Dans Le Monde, Manuel Valls estime encore que "le salafisme n'a pas sa place en France" et qu'il appartient "à l'islam de France de réagir". Sur le fond, le vice-président du CFCM s'accorde avec le Premier ministre pour dire qu'il y a bien un débat à avoir autour de cette pratique rigoriste de l'islam, suivie par certains terroristes islamistes. Mais il tient à relativiser la place du salafisme dans les mosquées françaises.

"Dans une grande mosquée, ce n'est pas possible. Il peut y avoir du salafisme dans les petits lieux de culte qui ne sont pas contrôlés, qui ne sont pas ouverts au public, qui sont perdus dans un quartier", estime-t-il.

Pour lui, l'une des solutions consisterait à mener des projets de grandes mosquées, "comme la mosquée de Paris, avec un endroit culturel, que la population française se retrouve là et il n'y aura aucun souci", espère-t-il. Mais il craint pour l'avenir de ces débats lancés par le Premier ministre, dans une période politique compliquée. "Il faut passer cette période électorale, ce n'est pas pendant une période électorale qu'on pourra traiter ce sujet sereinement", regrette le responsable. Il invite néanmoins "experts", "consultants" et ceux "qui n'ont pas d'intérêt politique sur la gestion de ce problème" à "préparer l'avenir de la France". 

C. B