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Rémi Fraisse: "On a la triste preuve que les forces de l’ordre ont essayé de mentir"

Un hommage à Rémi Fraisse.

Un hommage à Rémi Fraisse. - Kenzo Tribouillard - AFP

TEMOIGNAGES RMC - Après la fuite d’un procès-verbal qui retranscrit les conversations des gendarmes peu après la mort de Rémi Fraisse sur le chantier du barrage controversé de Sivens, dans le Tarn, on sait désormais que les autorités ont su presque instantanément les circonstances du drame.

On en sait un peu plus sur les conditions de la mort de Rémi Fraisse. Le Monde et Mediapart ont eu accès à un procès-verbal qui retranscrit les conversations des gendarmes, dans la nuit du 25 au 26 octobre. La nuit de la mort de Rémi Fraisse.

"Il est décédé le mec..."

On sait désormais que les autorités ont su presque instantanément les circonstances du décès du jeune homme. Selon ces conversations, les gendarmes voient un manifestant s'effondrer juste après le tir d'une grenade offensive, grâce à leurs jumelles à vision nocturne.

Moins de quinze minutes plus tard, ils savent que le manifestant est décédé. Quand l'infirmier tente les gestes de premier secours, un gendarme s'écrie "Il est décédé le mec… Là, c’est vachement grave… Faut pas qu’ils le sachent".

"Cela nous désespère"

Comment alors expliquer que les autorités ont mis plus de 48 heures avant de s'exprimer sur cette affaire et quatre jours pour suspendre l'usage de ces grenades? Petof , c’est son pseudo, habite depuis 3 mois dans la ZAD, la "zone à défendre" tenue par les opposants au projet de barrage. Il n'est pas surpris par ces révélations. Mais inquiet.

"Les forces de l’ordre ont essayé de cacher cette mort pendant deux jours et essayé de tricher, de mentir. C’est gravissime, s’indigne-t-il au micro de RMC. On en a aujourd’hui la triste preuve, et cela nous désespère. Je crois qu’ils ont eu tellement honte qu’il a fallu trois jours pour que l’Etat présente au moins ses condoléances, c’est horrible."

"Grande violence de la part des manifestants"

Selon la communication de la gendarmerie, cette phrase aurait visé les manifestants, pour éviter des réactions encore plus violentes. Frédéric Gallois, ancien chef du GIGN (Groupement d'Intervention de la Gendarmerie Nationale) entre 2002 et 2007, insiste sur la nécessité de prendre en compte les circonstances dans lesquelles le drame s’est déroulé.

"Pour avoir vécu ce genre de situations, évidemment, c’est dramatique. En même temps, il faut remettre le tout dans un contexte de confrontations très violentes, explique-t-il à RMC. Et là, on peut comprendre cette phrase, en se disant, 'Attention, cela va être pire! Il faut vraiment sortir cet homme blessé à terre, parce que cela va être pire du côté des manifestants'. Donc, on voit bien là une troupe qui était mise sous pression. Et qui ont fait l’objet d’une très grande violence de la part des manifestants."

Reste que ces révélations accablent un peu plus l'attitude des autorités au cours des jours qui ont suivi le drame de Sivens, qui a -au mieux- failli dans sa communication.

C. P. avec Antoine Perrin et Claire Andrieux