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Rémunération de Carlos Ghosn: "Le grand patronat ne fait pas publicité des choses qui pourraient fâcher"

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Ce mercredi dans Bourdin Direct, Pierre-Henri Leroy, président de Proxinvest, cabinet de conseil aux actionnaires est revenu sur la rémunération astronomique du PDG de Renault Carlos Ghosn.

Même Pierre Gattaz, le patron du Medef, s'est dit "gêné". Fin avril, le conseil d'administration avait maintenu la rémunération du PDG de Renault Carlos Ghosn pourtant rejeté par les actionnaires. Une rémunération qui s'élève à 7,2 millions d'euros.

Mais ce qui a provoqué le refus des actionnaires, ce n'est pas seulement le montant faramineux du salaire du PDG de Renault. Selon Pierre-Henri Leroy, président de Proxinvest, cabinet de conseil aux actionnaires, l'assemblée générale des actionnaires aurait peu apprécié la "dissimulation".

"Le fait de dissimuler une rémunération constitue pour les actionnaires quelque chose de beaucoup plus grave que le montant de cette rémunération. La réalité, c'est que la tradition du patronat des grandes entreprises, c'est qu'on ne fait pas publicité des choses qui pourraient fâcher", analyse Pierre-Henry Leroy.

En l'occurrence, Carlos Ghosn, en plus de ses 7,2 millions d'euros, devrait toucher 8 millions d'euros au Japon via Nissan qui fait partie du groupe Renault. "Nissan qui est sous l'influence notable de Renault et fait partie du groupe Renault. Et s'il est le patron de Nissan, c'est parce qu'il est le patron de Renault, par conséquent, c'est bien le même groupe. Du point de vue des actionnaires et de la loi française, il aurait été normal de considérer dans le package mis au vote les 15 millions. Ce qui n'a pas été fait, cela a été fait seulement sur les 7,2 millions", précise Pierre-Henry Leroy.

"Les administrateurs n'ont rien fait"

Alors à qui la faute? "Juridiquement, il n'y a rien à dire: le Conseil peut passer outre, c'est un vote consultatif, mais c'est là où ça devient pourri: créer des votes consultatifs alors que la loi française veut que les actionnaires décident de façon ultime des décisions de la société. Il faut que la hiérarchie normale des autorités soit là. Les actionnaires, de façon ultime ont décidé, mais ce sont les administrateurs qui sont chargés de surveiller et ils sont très bien payés pour le faire. Là ce qui est frappant, c'est que les administrateurs n'ont rien fait".

Emmanuel Macron, le ministre de l'Economie a menacé de "légiférer" mardi si le conseil d'administration de Renault ne "tirait pas les conséquences" de cette décision. Pas très clair selon Pierre-Henri Leroy: "s'il dit qu'il faut réglementer et mettre un plafond à la rémunération des grands patrons c'est d'une stupidité totale. Mais s'il dit il faut restaurer l'autorité de l'assemblée générale sur les administrateurs, il a rudement raison et c'est urgent!".