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Sarkozy a disparu !

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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Ce n'est pas une boutade. Il y a des signes qui ne trompent pas. Celui qu’on nous présente comme le Président a les traits de Nicolas Sarkozy mais ça ne peut pas être lui…

L’homme qui a été élu en 2007 vantait la « rupture », il comptait sur les riches pour entraîner la France, il fréquentait leurs yachts, leurs hôtels ; il étalait ses états d’âme et ses peines de cœur. C’était un président autoritaire, agité et m’as-tu-vu. Il privilégiait la relation franco-britannique au couple franco-allemand. Son leitmotiv était : travailler plus pour gagner plus. Le Sarkozy d’aujourd’hui est à peu l’exact contraire de celui-ci. Il est posé, modeste, discret, parle 2 fois par jour avec Angela Merkel et ne pense plus qu’à faire des économies. Il ne part même plus en vacances ! D’où ma déduction. Ce n’est plus lui, c’est un autre. En 2007, il disait : « J’ai changé ». En 2011, on nous l’a changé.

On sait bien pourquoi il a changé : c’est une stratégie pour tenter d’être réélu en 2012. Ça fonctionne ?

D’abord, oui c’est une stratégie. Mais tout le monde n’en est pas capable. Giscard s’était fait admirer puis détester par les Français, il n’a pas su transformer son personnage. Mitterrand lui, s’était métamorphosé entre 1981 et 1988. C’est ce modèle-là qui inspire Nicolas Sarkozy. En 2011, il a commencé à poser cette équation délicate entre le chef d’Etat plus altier, avare de sa parole, et l’élu proche du peuple, qui va dans les usines ou, comme hier, dans les Restos du cœur. Le PS a raison de rappeler qu’il a commencé son mandat au Fouquet’s – mais c’est aussi une façon de souligner le chemin qu’il a parcouru. Le Sarkozy actuel ressemble peu à celui qu’il promettait d’être, mais sûrement plus à ce que les Français attendent d’un Président.

Il a changé de style, mais aussi de ligne politique : ne risque-t-il pas de se couper de son électorat naturel ?

C’est vrai qu’il abandonné des pans entiers de sa politique – surtout le bouclier fiscal, qui était devenu un symbole d’injustice sociale. Il a lâché du lest. Son pari, c’est qu’il pourrait représenter une sorte d’alternance à lui-même. Pourquoi vouloir un nouveau président quand on a un nouveau Sarkozy ? C’est là qu’il faut chercher l’axe de sa campagne à venir : la réforme et non plus la rupture, le rassemblement plutôt que les clivages, et par-dessus-tout l’expérience du pouvoir – ses adversaires en sont dépourvus. François Hollande a théorisé le modèle du président « normal ». Dans les mois qui restent, Nicolas Sarkozy va chercher à incarner le président « total ».

Connaît-on la date à laquelle il va annoncer sa candidature ?

Ce sera en février. Pour avoir une campagne courte. Nicolas Sarkozy pense qu’il a intérêt à être le plus longtemps possible président pour être le moins longtemps possible candidat. A priori, il voudrait l’annoncer vers le 20 février. Ça tombe en pleines vacances scolaires de février, ce qui n’est pas idéal mais ce sera l’occasion d’en rajouter sur sa mobilisation de tous les instants au service des Français. L’autre avantage, c’est que dans une campagne éclair de quelques semaines, il pourra à peu près tout faire lui-même. A ce moment-là, on se rendra compte qu’il n’a pas entièrement changé…

Écoutez le "Parti Pris" d'Hervé Gattegno de ce vendredi :

Hervé Gattegno