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Sarkozy-Merkel: il ne s'est rien passé !

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont trouvé hier un accord sur la gouvernance européenne. Les marchés apprécient, les opposants critiquent. Selon moi, tout le monde a tort. Mon parti pris: il ne s’est rien passé hier à l’Elysée.

Espérons qu’au moins le repas était bon parce que le déjeuner au sommet n’a, à peu près, rien changé. Il faut se méfier des coups de trompe qui sonnent les accords historiques et les sorties de crise : plus ils font du bruit, moins ils ont d’effet. C’est le 3è accord franco-allemand en un an et demi, on en est au même point. Si on résume ce qui s’est conclu hier : on va réviser les traités, instaurer un début de gouvernement économique avec réunion mensuelle des gouvernements de la zone euro et sanctionner les Etats trop endettés. Tout ça, c’est pour demain – si nos partenaires sont d’accord, le nouveau traité sera adopté en mars 2012. Mais il ne pourra être ratifié qu’après la présidentielle…

Il fallait répondre à une situation d’urgence ?

Bien sûr, mais le deal Merkel-Sarkozy n’y répond pas : rien n’est prévu sur le rôle que doit (que peut) jouer la BCE pour alléger le poids des dettes d’Etat. Et n’oublions pas que tout ce qui engage l’Europe doit être ratifié par les citoyens dans chacun des pays. Chez nous, Nicolas Sarkozy ou son successeur devra soit convoquer un référendum soit trouver une majorité au congrès pour voter un traité qui inclue des abandons de souveraineté – partiels mais bien réels : bon courage ! Un mot aussi sur le fameux « durcissement » des règles dont on nous rebat les oreilles : 3% de déficit et 60% d’endettement, ce sont ni plus ni moins que les critères de Maastricht – que personne n’a jamais appliqués depuis 20 ans. Donc ni règle d’or ni discipline de fer : pour prétendre le contraire, il faut un culot… d’acier!

Nicolas Sarkozy a-t-il capitulé devant la chancelière allemande?

Il a fait ce qu’il a pu. La vérité, c’est que l’Allemagne est plus forte que nous économiquement, donc elle pèse plus lourd dans la négociation. On voit bien que les arguments politiques sont secondaires : électoralement parlant, Angela Merkel est aussi affaiblie que Nicolas Sarkozy. Elle a perdu toutes les élections depuis 2 ans et elle doit composer avec sa majorité. Seulement la question n’est pas de savoir si la France cède plus à l’Allemagne que l’inverse ; le fait est que les Allemands ont fait il y a dix ans le double des efforts qu’on commence seulement à envisager en France. Que ça nous plaise ou non, c’est une antériorité qui leur donne une certaine supériorité. Et ce serait exactement la même chose si c’était un président socialiste (ou souverainiste) qui discutait avec Mme Merkel.

Principe des sanctions infligées aux Etats trop endettés ou trop déficitaires: une vraie avancée ?

C’est un trompe l’œil de plus : si on sanctionne la violation des critères de Maastricht, tout le monde sera puni – donc personne. Surtout que les Allemands ont renoncé à ce que les sanctions soient décidées par la Cour de justice européenne. De toute façon, quelle sanction peut être infligée : des amendes ? Est-ce qu’on condamnerait, demain, la Grèce à une amende record pour sa gestion catastrophique et le trucage de ses comptes ? Les Grecs ne pourraient de toute façon pas payer – sauf en creusant encore plus leur dette… Au total, on peut dire que la France et l’Allemagne ont fini par se mettre d’accord… pour ne pas décider grand-chose.

Écoutez le parti pris d'Hervé Gattegno tous les jours à 8h20 sur RMC.

Hervé Gattegno