RMC

Comment la France veut devenir un leader mondial de l'hydrogène

Le gouvernement a annoncé l'investissement de grosses sommes dans des projets de développement de l'hydrogène. Une nouvelle forme d'énergie complètement propre.

Élisabeth Borne a présenté mercredi les dix projets de développement de l'hydrogène que l'État va soutenir. La France souhaite devenir un leader mondial de cette énergie propre qui peut devenir propre à l’avenir. Pour l’instant, elle ne l’est pas. On fabrique l'hydrogène avec du gaz essentiellement, mais demain, on fabriquera de l'hydrogène avec de l'électricité, elle-même produite par le solaire ou les éoliennes, et l’on pourrait avoir cette énergie propre et abondante dont tout le monde rêve. On parle d'hydrogène vert qui remplacera l'hydrogène gris que l’on utilise aujourd’hui.

La France va donc investir 9 milliards d’euros dans la filière. Ce qui place effectivement notre pays parmi ceux qui vont dépenser le plus d’argent, juste derrière l'Allemagne. L’annonce de ces investissements avait été faite, il y a exactement deux ans dans le cadre du plan de relance post Covid. Mercredi, Élisabeth Borne a détaillé les projets que l’Etat va soutenir. Une dizaine d’industriels vont recevoir beaucoup d’argent pour développer leurs projets et leurs recherches. Par exemple Renault qui sera aidé pour imaginer des camions roulant à l'hydrogène.

Pourquoi place-t-on autant d’espoir dans cette énergie? Parce qu’une voiture qui roule à l'hydrogène ne produit aucune pollution juste quelques gouttes d’eau. Et l’on a déjà des bus à Pau ou à Auxerre, un premier train en Allemagne, une centaine de taxis à Paris qui utilisent cette énergie.

Il y a aussi des bateaux expérimentaux et demain des avions. En effet, Airbus investit des sommes folles dans la conception des avions à hydrogène, c’est le projet zéro émission. Airbus imagine qu’ils pourraient voler dès 2035, c'est-à-dire très bientôt. L'avionneur n’a pas encore tranché entre trois projets. Un avion classique qui transportait 200 passagers sur 3.000 kilomètres. Un avion à hélice, également moyen-courrier. Ou bien un avion révolutionnaire en forme d’aile. Le choix sera fait en 2028, mais il est à peu près certain que d’ici 15 ou 20 ans, nous volerons dans des avions silencieux et non-polluants grâce à l'hydrogène.

Moins de gaspillage d'électricité

L'hydrogène, c’est aussi un moyen de stocker l'électricité. Et c’est cela qui ouvre le plus de perspectives, car pour l'instant, on ne sait pas stocker l'électricité. Donc, par exemple, quand il y a beaucoup de vent, les éoliennes produisent plus que nécessaire et cette énergie est perdue. Pareille pour le solaire en été. L’idée, c’est d’utiliser cette électricité propre pour produire de l’hydrogène que l’on peut ensuite transformer en électricité l’hiver lorsque les besoins sont plus importants.

Les Allemands ont de grands projets d’immenses installations de panneaux solaires en Afrique du Nord ou au Moyen-Orient. L'électricité permettrait de produire sur place de l'hydrogène sous forme liquide. Et des pipelines permettraient ensuite d’acheminer cette énergie vers l'Europe.

Tout cela est techniquement au point depuis longtemps. La pile à hydrogène a été inventée en 1939. Une technologie qui est d'ailleurs assez simple. On obtient de l'hydrogène vert à partir de l’eau, en séparant l'oxygène de l'hydrogène. Ce n’est pas plus compliqué que cela. Sauf que l’on n'a pas encore réussi à réduire les coûts. Les investissements annoncés mercredi sont dans cet objectif: rendre l'hydrogène enfin rentable.

Ce qui donnera raison une fois de plus à Jules Verne. C’est Le Monde qui a repéré cette citation du génial écrivain visionnaire. Dans l'Île mystérieuse, en 1874, il fait parler un savant qui s’enflamme en disant: “Oui mes amis, je crois que l’eau sera, un jour, utilisée comme combustible, l'hydrogène et l'oxygène fourniront une source de lumière et de chaleur inépuisable”. Et bien, 150 ans plus tard, on y est presque.

Nicolas Poincaré