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Pour Francesco Bouglione, "les animaux dans les cirques sont mieux traités que certains enfants"

Le cirque Barnum, créé aux Etats-Unis en 1871 et qui se présentait comme "le plus grand spectacle au monde", a annoncé sa fermeture pour mai après 146 ans de représentations

Le cirque Barnum, créé aux Etats-Unis en 1871 et qui se présentait comme "le plus grand spectacle au monde", a annoncé sa fermeture pour mai après 146 ans de représentations - AFP

Le cirque Barnum, créé aux Etats-Unis en 1871 et qui se présentait comme "le plus grand spectacle au monde", a annoncé sa fermeture pour mai après 146 ans de représentations. Une décision critiquée par Francesco Bouglione, directeur du cirque Bouglione, ce mardi sur RMC.fr.

Francesco Bouglione, directeur du cirque Bouglione:

"Quand j'ai appris cette nouvelle, j'ai été très étonné. Je suis resté bouche bée. Les bras m'en sont tombés. Le cirque Barnum faisait partie de l'histoire. C'était l'un des plus grands spectacles du monde même s'il avait beaucoup évolué. Le cirque de maintenant n'était pas celui d'il y a cent ans. Il y a eu une évolution. Les spectateurs voulaient quelque chose de plus intime. Il n'y avait plus les trois pistes depuis déjà pas mal de temps.

Mais, pour moi, ce n'est pas en raison de la pression des anti-animaux américains qu'ils ferment. Le cirque Barnum est plus victime de la finance. C'était le plus grand cirque du monde, un très grand spectacle. Mais la famille Feld, propriétaire de ce cirque, produit 30 ou 35 spectacles. Et malheureusement, le drame même, est que Kenneth Feld a, il y a quelques années, tout cédé à ses trois filles. Lui adorait le cirque, ses trois filles un peu moins. Alors quand vous avez 35 spectacles qui tournent et que l'un d'entre eux est moins rentable de 3%, vous le fermez. Merci, au revoir.

"Ils n'ont rien essayé. C'est dommage"

C'est comme cela que ça fonctionne quand c'est le monde de la finance qui détient des spectacles. Car ce monde-là se moque des personnes, des humains, de tout ce que cela représente et de tout ce qui peut en découler. Le cirque aurait appartenu à une famille de cirque ou un producteur indépendant, il n'aurait jamais fermé. Même Kenneth Feld ne l'aurait jamais fermé car il avait l'âme du cirque. Certes il y avait une baisse de fréquentation depuis quelques années, mais elle n'était pas très importante. Ils auraient pu essayer de sauver le bébé en supprimant quelques spectacles. Mais non. Ils n'ont rien essayé. C'est dommage…

Dans toutes les entreprises de spectacles, que ce soit le théâtre, l'opéra, les concerts ou le cirque, il y a les bonnes années et les moins bonnes. Il y a celles où l'on perd et celles où l'on gagne. Ça fait partie du jeu. Mais le jeu de la finance est différent: il faut gagner chaque année. Pourtant, la famille Feld pèse pratiquement trois milliards de dollars. Il faut croire que les trois filles ne se sentent pas assez riches avec tout cet argent. 

"Ce n'est pas la victoire des anti-animaux"

Je ne pense vraiment pas que la fermeture soit une conséquence de l'arrêt des représentations d'éléphants (qui faisaient la renommée internationale du cirque Barnum, ndlr). Cela ne faisait que trois mois et c'était leur propre décision. Toutefois cela a pu engendrer une baisse de fréquentation parce que les éléphants faisaient vraiment partie de l'image de ce cirque. Ce qui prouve que le cirque traditionnel attire encore des spectateurs et que, si l'on veut que le cirque disparaisse, il n'y a qu'à interdire les animaux. Même si dans le cas du cirque Barnum, c'était vraiment leur choix de les enlever et non pas un choix dicté sous la pression.

Ce n'est donc pas la victoire des anti-animaux dans les cirques. Pourtant, ils essayent de récupérer cette fermeture en disant que cela va permettre de mettre en place le cirque de demain. Non, cela ne va pas entraîner un cirque du futur! Le phénomène du nouveau cirque n'existe pas! Pour moi, le cirque reste traditionnel, avec des animaux. En France, ce cirque n'est pas interdit et il représente près de 20 millions de spectateurs. Je ne suis donc pas inquiet pour notre survie. Le cirque a son public et les spectateurs savent où ils vont.

"Ce sont des extrémistes"

Il y a des droits, des lois et on les respecte. On est même largement au-dessus des normes pour les voyages, les parcs de détention, les parcs de repos… Les animaux dans les cirques sont mieux traités que certains enfants. En France, il y a encore des enfants qui sont frappés, qui sont violés. Dans les cirques, non. Dans chaque ville où nous nous rendons, il y a des contrôles vétérinaires. Il y a un suivi colossal des animaux de cirque. Et, que ce soit un éléphant, un tigre ou un chien, un animal maltraité, ça se voit immédiatement.

Pourtant, les associations de défense des animaux nous harcèlent. Et en cette période électorale, elles essayent de se faire encore plus entendre. A la longue cela va devenir de l'entrave au commerce. Ils sont contre les boucheries, contre les abattoirs, contre les cirques, contre tout. Ils ne veulent pas de viande. Il faut que tout le monde devienne végétarien. Ce sont des extrémistes".

Propos recueillis par Maxime Ricard