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Ségolène Royal contraint le PS à accélérer le tempo présidentiel

Le Parti socialiste menace de replonger dans la guerre des ego qui lui a coûté très cher en 2007 mais la candidature prématurée de Ségolène Royal à la primaire présidentielle pourrait également clarifier le jeu. /Photo prise le 25 novembre 2010/REUTERS/Ré

Le Parti socialiste menace de replonger dans la guerre des ego qui lui a coûté très cher en 2007 mais la candidature prématurée de Ségolène Royal à la primaire présidentielle pourrait également clarifier le jeu. /Photo prise le 25 novembre 2010/REUTERS/Ré - -

par Laure Bretton PARIS (Reuters) - Le Parti socialiste menace de replonger dans la guerre des ego qui lui a coûté très cher en 2007 mais la...

par Laure Bretton

PARIS (Reuters) - Le Parti socialiste menace de replonger dans la guerre des ego qui lui a coûté très cher en 2007 mais la candidature prématurée de Ségolène Royal à la primaire présidentielle pourrait également clarifier le jeu.

Renouant avec son rôle favori - bousculer sa famille politique - l'ancienne candidate à l'Elysée s'est relancée dans la course pour 2012 quelque 18 mois avant l'échéance au grand dam de la direction du PS, qui fait mine de ne pas être surprise de ce coup d'accélérateur et minimise les dissensions à venir.

Le premier secrétaire, Martine Aubry, a gardé le silence après l'annonce de son ancienne rivale à la tête du PS.

Mais ses proches répètent les mêmes éléments de langage : la candidature Royal est "normale" et ne change rien au programme du PS : projet présidentiel au printemps, candidatures en juin et scrutin pour choisir le champion socialiste à l'automne.

La crise, "elle n'existe pas au Parti socialiste", a insisté le porte-parole du PS, Benoît Hamon.

Contrairement à la droite, "nous n'aurons pas, nous, plusieurs candidats à la présidentielle" grâce à la primaire qui doit avoir lieu à l'automne 2011, a-t-il dit sur RTL.

Malgré ces assurances, l'ancienne rivale de Nicolas Sarkozy inaugure six mois de compétition entre "présidentiables", alors que Martine Aubry, qui entretient le mystère sur ses intentions, appelle ses troupes à se concentrer sur les idées et le fond.

"BOÎTE À GIFLES"

La droite fait ses choux gras de cette candidature.

"Le PS a ouvert la boîte à gifles", ironise Bernard Deflesselles, vice-président du groupe UMP à l'Assemblée.

Jérôme Fourquet, directeur des études politiques de l'institut Ifop, fait la même analyse.

"Le perdant collectif, ce sera probablement le Parti socialiste où chaque candidat va avoir intérêt à avancer ses pions, à être dans la distinction", a-t-il estimé.

Ségolène Royal est le premier poids lourd du PS à se lancer, forte des derniers sondages qui indiquent qu'elle battrait Nicolas Sarkozy en 2012, tout comme Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn ou son ex-compagnon François Hollande.

"Dans les semaines qui viennent, les outsiders vont être éclipsés", prédit Jérôme Fourquet, selon qui Ségolène Royal "coupe un peu l'herbe sous le pied" aux candidats déjà déclarés, Manuel Valls et Arnaud Montebourg.

Les proches de François Hollande se sont d'ailleurs engouffrés dans la brèche pour réclamer une accélération du calendrier afin que le candidat du PS soit désigné avant l'été.

Au prix de pas mal de contradictions, Ségolène Royal met au pied du mur ses deux principaux adversaires, Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn, que son mandat à la tête du Fonds monétaire international (FMI) contraint pour l'instant à un strict devoir de réserve sur la politique nationale.

"Je pense qu'on n'entre pas dans une bataille à reculons", a déclaré sur France Inter celle qui jurait en juin être capable de "faire le sacrifice d'une ambition personnelle" avant de s'insérer dans le "dispositif gagnant".

STRAUSS-KAHN, UNE "DIVA" À MATIGNON?

Face à la droite "en ordre de bataille" pour 2012 depuis le remaniement, "Ségolène Royal a deux responsabilités politiques éminentes: remettre la gauche en mouvement et parler aux Français", explique son porte-parole Guillaume Garot.

"En sortant du bois la première, elle force les autres à se situer par rapport à elle", constate le politologue Paul Bacot.

Pas sûr que cela lui sera bénéfique, remarque Gaël Sliman, directeur adjoint de l'institut BVA.

"Elle réactive l'image du franc-tireur qui créé de la division alors que son jeu collectif lui avait permis d'arrêter son érosion dans les sondages", explique l'analyste.

Pour Gérard Grunberg, spécialiste de la gauche, la sortie de Ségolène Royal a le mérite de relancer la primaire, dont le principe même était menacé par un pacte entre candidats.

A ses yeux, c'est désormais Martine Aubry qui se retrouve dans une position délicate, condamnée à attendre la décision de Dominique Strauss-Kahn en "chauffant sa place pendant six mois".

Malgré son statut d'ultra-favori, Dominique Strauss-Kahn peut-il continuer à faire durer le suspense jusqu'à l'été ?

"Cela va quand même accentuer la pression sur ses épaules", estime Jérôme Fourquet, même si les partisans de l'ancien ministre de l'Economie se disent d'un "calme olympien".

"S'agiter à un an du scrutin, c'est totalement hors saison", dit François Kalfon, le M. Sondages du PS, un des ses proches.

Mais pour le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Christian Jacob, la "posture de diva" de l'homme du FMI "touche à sa fin. Il va devoir dire s'il est candidat".

Ségolène Royal a d'ailleurs instauré un dialogue à distance avec le patron du FMI, qu'elle a rencontré fin novembre à Paris.

En juin, s'il décide de revenir, "nous nous verrons pour décider le meilleur dispositif" pour 2012, a-t-elle assuré avant d'envisager de le nommer Premier ministre.

Strauss-Kahn à Matignon? "Et Aubry, elle sera secrétaire d'Etat à quoi ?" ironise un dirigeant strauss-kahnien.

Avec Emile Picy, édité par Yves Clarisse

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