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Service minimum, électoralisme maximum

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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Sixième jour de grève pour les agents de sécurité des aéroports. Le gouvernement a mobilisé la police pour remplacer les grévistes et le débat sur le service minimum ressurgit. D’où mon parti pris : service minimum, électoralisme maximum.

Cet imbroglio qui dégénère en bras de fer ressemble à un cadeau de Noël pour des politiques enrôlés dans une morne campagne présidentielle. Parce que c’est le type même du conflit social qui invite au manichéisme pavlovien – d’un côté les vilains grévistes qui bloquent les aéroports ; de l’autre, les usagers « pris en otages » comme on le dit dans ces cas là. La gauche soutient les premiers, la droite les seconds. Voilà un beau combat bloc contre bloc, qui tranche avec le débat présidentiel verrouillé par la peur des marchés et le spectre du triple A. François Hollande veut s’adresser à la gauche populaire : c’est une occasion. Nicolas Sarkozy veut prouver son autorité : c’est une occasion aussi – on mobilise la police. Le problème, c’est que tout ça, c’est du théâtre. La vérité, elle est derrière le décor.

Les grévistes ont-ils tort ?

Il faut être logique : le droit de grève existe, il est appliqué. Les syndicats de ces agents de sécurité – qui travaillent pour des sociétés privées – ont déposé un préavis le 8 décembre et aucune négociation n’a été engagée. On peut trouver que leurs revendications sont exorbitantes (200 euros nets d’augmentation pour un salaire de 1500 euros), pour des gens recrutés sans diplômes et sans grande formation – mais qui font un travail important et difficile. Il n’empêche que la direction de ces entreprises devait discuter avec eux pour éviter la grève. Ce qu’on dit peu, c’est que ces sociétés de sécurité privée font de gros bénéfices. Donc il n’y a pas seulement des preneurs d’otages et des otages ; il y a aussi des autistes.

Le député UMP Eric Diard propose d’instaurer un service minimum dans le transport aérien – son texte sera examiné le 24 janvier. Est-ce que c’est une solution ?

Là aussi, il faut sortir des postures. C’est une bonne idée. Non pas parce que le texte imposerait un préavis – les grévistes d’aujourd’hui l’ont bien déposé – mais parce qu’il prévoit une « obligation de négociation » entre la direction et les salariés. Il faut les deux : le service minimum et le dialogue social – qui n’est pas dans la culture française. Regardez ce qui s’est passé à la SNCF : le 9 décembre, un syndicat de conducteurs de la SNCF a menacé de faire grève à Noël. Il y a eu une négociation et on n’en a plus entendu parler. Donc oui au service minimum… et au dialogue maximum.

La décision du ministre de l’Intérieur d’envoyer des policiers à la place des grévistes pas si choquante.

Elle est en tout cas moins choquante que les apparences ne pourraient le laisser penser. Le gouvernement est dans son rôle et la loi n’offre qu’une alternative : la réquisition des grévistes ou leur remplacement. La 1ère solution exige que la sécurité des personnes soit en cause – ce n’est pas vraiment le cas. Donc le gouvernement prend la 2ème option. Inconvénient pratique : les policiers ne sont pas formés au maniement des appareils de détection – si ça dure, ça promet des files d’attente dignes des aéroports américains. Avantage politique : le gouvernement roule des mécaniques et n’espère qu’une chose – que le cliché « flics contre grévistes » fera pousser des hurlements. Et ça va marcher. A part ça, bien sûr, tout le monde n’a en tête que l’intérêt des pauvres usagers.

Écoutez le "Parti Pris" d'Hervé Gattegno de ce mercredi en podcast.

Hervé Gattegno