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"Si c'est moins cher, c'est qu'il y a un loup": les idées reçues sur les génériques ont la vie dure

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- - Mychèle Daniau - AFP

Le ministère de la Santé lance ce mardi une campagne à destination du grand public pour promouvoir l'utilisation des médicaments génériques. Le ministère espère faire 350 millions d'euros d'économies supplémentaires de dépenses de santé en 3 ans. Mais les doutes sur leur efficacité est tenace chez les patients, comme l'a constaté RMC.

C'est un mal aimé qui cumule les clichés. Pour redonner confiance aux Français dans les médicaments génériques le ministère de la santé lance ce mardi une campagne à destination du grand public intitulée: "Et si on changeait de regard sur les génériques?". Si la part des génériques dans les ventes de médicaments a progressé ces dernières années en France (passant de 31% en 2013 à 42% en 2015), le pays est encore à la traîne par rapport à ses voisins européens, en dessous de la moyenne de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), et loin derrière le Royaume-Uni et l'Allemagne.

Si les génériques font du bien à l'Assurance maladie (en 2013, ils ont permis une économie de plus d'un milliard et demi d'euros), les Français sont nombreux à être sceptiques sur leur efficacité pour leur santé.

"Les génériques? C'est de la merde!"

Faire accepter les génériques aux patients? "C'est un combat de tous les jours", reconnaît sur RMC Yorick Berger, pharmacien en région parisienne. Tiens, M. Leven, un de ses clients, qu'en pense-t-il des génériques? "C'est de la merde, c'est n'importe quoi! Ça vient de Chine, ça vient de n'importe où!". Ce retraité, fait partie de ces "irréductibles" qui ne veulent pas entendre parler d'un autre médicament que celui qu'ils ont l'habitude de prendre.

"Dans son intime conviction, les médicaments ne viennent pas de France, il pense que c'est de la merde et qu'on lui sert des salades. On a beau faire de la communication, il n'y croit pas", se désole le pharmacien.

Et monsieur Leven est loin d'être le seul à être réfractaire aux génériques. Bernard, un quinquagénaire, trouve que "cela ne fonctionne pas correctement". "Bien sûr c'est moins cher, je sais. Mais si c'est moins cher c'est qu'il y a un loup".

"Il y a une génération de personnes âgées qui ne veulent pas du tout des génériques", confirme le docteur Éric Henry, président du syndicat des médecins libéraux. "Ils ont connu le temps de la marque, et ils voient déferler sur eux une quantité de médicaments avec des noms bizarres et compliqués: avec des y, des z, des h, qu'ils ne comprennent pas. Les noms de marque sont des noms simples alors que les noms de générique sont extrêmement compliqués".

"Il ne faut pas défriser le patient électeur"

Certes, il s'agit d'un défaut pointé du doigt également par Jean-Paul Hamon, médecin généraliste et président de la Fédération des médecins de France, ce mardi chez Jean-Jacques Bourdin. Mais lui préfère dénoncer le manque de courage politique. "Le patient est un électeur et il ne faut pas le défriser", s'agace-t-il.

"En Allemagne, si le patient veut la molécule originale, il paie le médicament intégralement. Par contre s'il accepte de prendre le générique le moins cher il est totalement remboursé".

"En France, si vous voulez la molécule originale, votre médecin doit écrire à la main sur l'ordonnance 'non substituable'. Et si le pharmacien ne pratique pas le tiers payant et que le mot 'non substituable' n'est pas écrit, on retarde le remboursement du pharmacien, mais à terme le patient est remboursé, certes avec retard, mais au prix fort de la molécule originale. C'est l'illustration de l'incapacité de l'administration française de faire quelque chose de simple et à faire des économies réelles. On emmerde deux professionnels de santé et on ne fait pas d'économies".

Philippe Gril avec J. Droz et JJ. Bourdin