RMC

Sida: "On a fini par retracer l'histoire du virus"

Une équipe internationale de chercheurs a élucidé l'origine deux des quatre variantes du virus du Sida. Désormais les origines de toutes les souches virales de l'infection sont connues. Parmi les chercheurs de l'équipe, figurait l'infectiologue Eric Delaporte. Il était invité dans Bourdin Direct, ce mercredi matin sur RMC.

Le Virus de l'immunodéficience humaine (VIH-1) se compose de quatre groupes (M, N, O et P), chacun ayant une origine propre qui a résulté d'une transmission du singe à l'homme à au moins quatre occasions. Alors que l'origine simienne des groupe M et N, en fait des chimpanzés du Cameroun, avait été identifiée il y a plusieurs années, le réservoir des groupes O et P restait jusqu'alors inconnu.

Jean-Jacques Bourdin: Avec les résultats de ces recherches, on sait donc bien définitivement que le virus du Sida a été transmis par les grands singes?

Eric Delaporte: C'est une traque qui remonte à près de 20 ans et on a fini par retracer l'histoire de l'origine du virus. On a trouvé d'où provenaient les virus: chez les chimpanzés, on avait trouvé deux variantes du virus du sida qui infectent l'homme et en particulier la souche qui est la plus fréquente chez l'homme et il restait une zone d'ombre sur deux autres variantes qu'on retrouve plus rarement mais qui ont quand même infecté plus de 100.000 personnes. En continuant nos études de façon très minutieuse, on a pu retrouver ça chez les gorilles.

JJB: Quelles sont les conséquences de cette découverte?

E.D.: C'est fondamental parce qu'on découvre qu'il a suffi de quatre épisodes de transmission du singe à l'homme pour ensuite avoir une diffusion mondiale de cette infection. Les grands singes ne sont pas un réservoir, ils n'alimentent pas l'épidémie, on peut manger de la viande de singe. Et une fois, une personne s'est contaminée par morsure, écorchure ou en préparant la viande de singe. Cette personne s'est retrouvée dans un environnement qui a fait qu'elle a pu transmettre ce virus. Nous avons dû trouver des méthodes non évasives pour ne pas nuire à ces espèces: on a mis au point une technique basée sur la collecte des déjections de singe et c'est comme cela que nous avons pu identifier les virus, les animaux et les sous-espèces infectées.

JJB: Quel a été précisément le chemin de la chaîne de transmission de l'épidémie?

E.D.: Depuis la nuit des temps, il y a eu des contaminations singe/homme et la personne infectée restait au niveau de son village, il n'y avait pas de diffusion secondaire, car il n'y avait pas de routes, de transports etc. Avec la modification de l'environnement, et la chaîne de contamination à Kinshasa c'est-à-dire quand l'animal ou la personne infectée est arrivée dans les années 1920-30. Progressivement l'épidémie s'est développée dans la région de Kinshasa parce qu'il y avait le facteur urbanisation massive, les méthodes coloniales.

Dans les années 60, au moment de l'indépendance, il y a eu la grande crise avec l'arrivée des Haïtiens de l'ONU. Ces Haïtiens se sont contaminés, sont rentrés chez eux. A Haïti, il y avait du tourisme et en particulier du tourisme sexuel. Il y a eu une contamination avec les Nord-Américains et l'épidémie est devenue mondiale. Donc il y a l'origine du virus, mais aussi l'origine de l'épidémie dans laquelle beaucoup de facteurs interviennent et pour lequel l'Afrique n'a rien à voir.

P.B. avec JJB.