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41 milliards d'euros en 2022: pourquoi l'armée française coûte de plus en plus cher

C'est le grand jour pour l'armée française. Comme chaque année, les troupes sont passées en revue sur les Champs-Elysées à l'occasion du défilé du 14-Juillet. Une démonstration de force de cette armée, qui va coûter de plus en plus cher.

Plus de 6.000 soldats, des blindés et des pièces d’artillerie sur les Champs-Elysées ce jeudi matin. Et dans le ciel, 64 avions, 25 hélicoptères… Une belle mise en valeur de la vitrine de l’armée française. Une armée qui coûte très cher, 41 milliards d’euros en 2022. C’est le 2e budget de l’Etat et la loi de programmation militaire prévoit de porter le budget de la défense à 2% du PIB d’ici 2025. Soit 50 milliards d’euros par an. Ce qui veut dire que, dès l’année prochaine et pour trois ans, le budget de nos armées augmentera de 3 milliards d’euros chaque année. Aucun ministère civil ne peut en dire autant.

Comment cet argent est-il utilisé ? D’abord, il faut compter 12 à 13 milliards d’euros par an pour payer les salaires de 270.000 personnes, le trois-quarts pour des personnels militaires. Ensuite, le budget provisionne un peu plus d’un milliard d’euros par an pour le surcoût occasionné par nos opérations extérieures, au Sahel notamment.

Enfin, depuis 2017, on a commencé à réparer l’outil militaire et à le faire monter en gamme. D’ailleurs, les Français peuvent en voir les effets cette année sur les Champs-Elysées, avec quelques-uns de nos 20 nouveaux chars Jaguar et les nouveaux drones Reaper fabriqués par les Américains de "General Atomics". Au total, près de 36 milliards d'euros de commandes militaires soutiennent l’industrie française avec la livraison, par exemple, de 245 véhicules blindés, 8 hélicoptères, une frégate, un bâtiment ravitailleur de forces, un sous-marin type Suffren, 6 avions de transport et de ravitaillement, 5 satellites et 14 drones tactiques...

Pourtant, malgré ces sommes énormes, on entend toujours les militaires et les experts en matière de défense dire qu’on n’en fait pas assez. C’est le jeu. Si vous voulez obtenir des crédits, il faut se plaindre. Mais c’est vrai aussi que, face aux nouveaux conflits, l’armée française a des faiblesses à combler. Quand Paris livre 18 canons Ceasar à l’Ukraine, c’est un quart de ses équipements et donc elle s’affaiblit. La France, qui est le deuxième espace maritime au monde, ne compte qu’une quinzaine de frégates de premier rang. C’est relativement peu. Autre exemple, nous n’avons que 200 chars de combat, c’est-à-dire moins que tous les chars russes détruits depuis le début de la guerre en Ukraine.

Avec la guerre en Ukraine, le retour de "l'économie de guerre"

La guerre en Ukraine, d’ailleurs, a-t-elle des conséquences sur le budget des armées et sur nos équipements militaires ? Elle n’occasionne pas de réduction budgétaire, mais des réaffectations. Quand on livre des armes lourdes à Kiev, on vide nos propres stocks. Il faut donc les reconstituer. Mais surtout, depuis l’invasion russe en Ukraine, la France s’est réinvestie dans l’Otan. Plus de 750 de nos soldats ont ainsi été déployés en Roumanie. Des missiles français ont été positionnés sur la mer Noire. 200 fantassins français et 4 Mirage ont été détachés en Estonie. Nos avions patrouillent presque quotidiennement dans l’espace aérien polonais et à l’est de l’Europe. Tout cela a un coût, en hommes et en matériel.

Il y a tout juste un mois, Emmanuel Macron a d’ailleurs demandé au nouveau ministre de la Défense, Sébastien Lecornu, et au chef d’État-Major des armées, Thierry Burkhard, de réévaluer la Loi de programmation militaire.

Le président de la République, et c’est nouveau, parle lui-même “d’économie de guerre”. Il pense à nos choix budgétaires, à nos choix militaires et stratégiques, mais aussi aux autres conséquences de la guerre en Europe. Que ce soit l’inflation ou nos approvisionnements en énergie, qui ont un impact lourd sur notre vie quotidienne, mais aussi sur les crédits de notre armée.

Les militaires demandent toujours plus, mais ils ont l’opinion publique de leur côté. Selon un sondage Odoxa publié mercredi par Le Figaro, 78% des Français sont favorables à une hausse du budget de l’armée. Sans doute à cause du contexte de guerre en Ukraine. C’est 21 points de plus qu’en 2019.

Laurent Neumann