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Commerçants à Calais: "Quand les touristes britanniques débarquent, ils voient les barbelés"

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Ce lundi, François Hollande a promis le démantèlement de la "jungle de Calais". Sylvain Hodicq, président de la Chambre syndicale des tabacs de Calais, et buraliste dans la ville, déplore un effet d'annonce et s'inquiète de la désertification de sa ville, qui pèse sur les commerces.

"Nous subissons de plein fouet la crise migratoire depuis une dizaine d'années. Aujourd'hui les migrants sont parqués dans ce qu'on appelle la jungle. Avant ils squattaient divers bâtiments de la ville. On les voyait passer le soir, rejoindre un parking de poids lourds pour essayer d'embarquer. Et le matin, ceux qui n'avaient pas réussi à embarquer on les voyait repasser dans l'autre sens.

Parfois ils s'arrêtaient chez moi pour prendre un paquet de cigarettes, pour passer un coup de fil ou avoir un verre d'eau.

L'image de Calais a été complétement dégradée par cette crise migratoire et l'image renvoyée par les médias. Quand je pars en vacances et que je discute avec les gens et que je dis d'où je viens, ils me demandent toujours comment ça va. Je leur dis que toutes les nuits c'est un peu la guerre sur la rocade. Il y a une telle image négative qui est renvoyée qu'aujourd'hui, il n'y a plus de touriste, plus d'entreprise. Plus personne ne veut venir ici.

"On se croirait dans un camp de concentration"

Les gens qui passent à Calais ne restent pas. Pour nous, les Britanniques pourraient être une clientèle importante. Le problème c'est que quand ils descendent du bateau ils voient les barbelés, on se croirait dans un camp de concentration. Est-ce qu'on a envie d'aller en vacances dans un endroit comme ça?

Les touristes français ne viennent plus non plus. La Côte d'Opale possède une des plus belles plages de France, on a quand même un climat qui n'est pas dégueulasse. Il y a des touristes l'été parce que la SNCF fait le train à un euro. Donc les gens viennent à la plage pour la journée et ils repartent. Mais les touristes qui pourraient dépenser un peu d'argent ne viennent pas.

Les touristes vont plus loin, du côté de la baie de Somme, au Touquet ou vers Wimereux, Wissant, mais ici à Calais on ne voit plus de touristes. Ce ne sont pas les migrants qui sont enfermés, ce sont nous qui sommes enfermés dans notre propre ville.

On subit une baisse de nos affaires. Il y a moins de touristes donc il va de soi qu'il y a moins de monde. Et c'est une baisse pour tout le monde: dans la restauration, dans l'hôtellerie. Le centre-ville est complètement déserté aujourd'hui. Dans la mesure où on ne peut plus faire face parce qu'il y a un manque de clients et de consommateurs, les commerces sont obligés de mettre la clé sous la porte.

Dans la jungle, ils avaient même ouvert un tabac clandestin! Mon chiffre d'affaires a subi une baisse d'environ 20% sur la vente de tabac. Théoriquement, je devrais recruter une personne de plus malheureusement j'hésite à le faire parce que je ne sais pas comment ça va se passer. Je ne sais pas ce qui va se passer en 2017. Dans le bar, j'ai ma clientèle de proximité, mais je n'ai plus de gens de passage.

Hollande ou d'autres ont beau faire des annonces, ça ne règlera rien. Le problème c'est que ces gens fuient leur pays qui est en guerre pour aller en Grande-Bretagne. On a beau les mettre dans d'autres régions de France, ils veulent passer en Grande-Bretagne".

P.B.