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Enseigner en ZEP: "Si on perdait les aides, ce serait de la garderie"

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Le collectif "Touche pas à ma ZEP" appelaient ce mardi à la grève. Les profs craignent en effet la baisse des moyens attribués aux établissements d'éducation prioritaire. Pour Noé Le Blanc, professeur d'anglais au lycée Paul Eluard à Saint-Denis, son travail ne serait pas faisable avec moins de moyens.

Noé Le Blanc est professeur d'anglais au lycée Paul Eluard à Saint-Denis:

"On a peur qu'on nous coupe complètement les aides notamment pour les lycées. Le gouvernement a une attitude de faux-fuyant qui nous inquiète. C'est ma septième rentrée au lycée cette année. Avant j'étais dans un collège en zone d'éducation prioritaire à Aubervilliers.

En commençant ma carrière je n'y étais pas du tout préparé, y compris au niveau social qui est un milieu qui n'est pas le mien et dont je ne connaissais pas précisément la réalité. Cela a un peu été un gros choc. On apprend sur le tas et les cas de dépression sont très nombreux chez les jeunes profs surtout ceux qui viennent de province.

Ce n'était pas un choix puisque dans l'éducation nationale on est nommé là où il y a de la place, donc en banlieue parisienne c'est souvent dans des zones d'éducation prioritaire. Mais rester là est clairement un choix de ma part. Je pense que dans un lycée qui ronronne, j'aurais moins de motivation pour travailler.

C'est difficile d'être dans un établissement comme celui-ci, mais je pense que les difficultés sont partagées par beaucoup de profs qui ne sont pas forcément en éducation prioritaire. Là, ce matin, jour de la rentrée, les deux photocopieuses de l'établissement sont en panne. Mais c'est récurrent, les ordinateurs ne marchent pas, internet ne fonctionne pas toujours.

"Un grand nombre d'élèves en difficulté"

On a sinon une population comparable à celle d'un lycée classique. On a une tête de classe assez forte, il y a un ventre mou d'élèves qui ne travaillent pas trop et se laissent aller. Je pense que la grosse différence c'est qu'il y a un plus grand nombre d'élèves en difficulté pour différentes raisons. Nous avons des élèves de milieux sociaux pauvres ou d'autres qui viennent d'arriver en France.

Je n'imagine pas travailler avec les élèves que j'ai dans les conditions d'un lycée classique. Dans mon lycée, les classes sont à 23 élèves, ailleurs elles sont à 30. On est deux profs principaux par classe au lieu d'un seul pour les lycées classiques. Si je devais être seul prof principal, je refuserais. C'est beaucoup de travail. Nous rencontrons souvent les parents, ça demande beaucoup d'énergie. Nous devons par exemple remettre les bulletins de note aux parents en main propre et pas les envoyer, sinon les parents ne les verraient pas. Et parfois c'est difficile de les voir.

Si mon lycée perdait toutes les aides, je ne sais pas comment on pourrait travailler. Je ne sais pas très bien ce que je ferais, ce serait de la garderie".

Propos recueillis par Paulina Benavente