RMC

Grève au lycée René-Cassin de Gonesse: "A 36 élèves, c'est impossible"

Depuis la rentrée, les enseignants du lycée René-Cassin, à Gonesse (Val-d'Oise) protestent contre les classes surchargées. Ce jeudi sur RMC, Romain Poncet, professeur d'histoire-géographie depuis six ans dans cet établissement, est venu en expliquer les raisons.

Depuis la rentrée, les enseignants du lycée René-Cassin protestent contre des classes surchargées. Il faut dire que cette année, deux classes de première comptent 36 élèves et toutes celles de seconde entre 34 et 35. Exaspérés, les enseignants se sont donc mis en grève dès le lendemain de la rentrée, le 2 septembre. Ils ont été rejoints ce mercredi par des parents d’élèves qui ont bloqué les accès de l’établissement. Résultat: il n'y a eu aucun cours hier et le blocage était reconduit ce jeudi matin.

Invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC, Romain Poncet, professeur d'histoire-géographie depuis six ans dans cet établissement, explique les raisons de ce mouvement.

"On a été informés en juin que nous aurions à la rentrée des classes technologiques à 36 élèves alors que ce sont des classes difficiles mais pas ingérables. Mais à 36, pour faire de l'accompagnement personnalisé, très cher à la ministre de l'Education, c'est impossible.

"Nos supérieurs hiérarchiques trouvent ça. Et ce pour une raison très simple: on ne fait pas le même métier"

Nous avions donc immédiatement envoyé une lettre au rectorat pour leur signifier que si tel était le procédé mis en place à la rentrée, nous serions en grève. Nous n'avons pas eu de réponse pendant deux mois. En réalité cela fait deux mois que les instances académiques sont au courant. Et cela fait deux semaines qu'on nous répond par du mépris, par des propositions inacceptables et irréalisables. Or ce que nous demandons c'est la création, en urgence, d'une demi-classe, à 18 élèves afin de réduire les effectifs dans les autres classes.

Les enseignants posent donc cette question toute simple: 'Qui peut prétendre qu'il est possible de faire cours correctement avec de tels effectifs?' Nos supérieurs hiérarchiques trouvent, eux, cela tout à fait normal. Et ce pour une raison très simple: on ne fait pas le même métier. L'inspection académique nous a gracieusement reçus deux fois en deux semaines, donc visiblement cela ne les inquiète pas plus que cela, pour nous expliquer que ces classes à 36 élèves étaient dues à un surbooking. Cela veut dire que ces gens-là ont parié sur le fait que certaines personnes inscrites ne viendraient pas.

"On ne travaille pas chez Ryanair mais à l'Education nationale"

Sauf que nous, on ne travaille pas chez Ryanair mais à l'Education nationale. On n'est pas là pour surbooker des gens. On a des êtres humains en face de nous et eux, visiblement, ils ont des chiffres. On en vient à penser que ce qui se passe ici ne se passerait pas dans les grandes villes. On voit bien dans les médias que quand des lycées parisiens se mobilisent la réponse est immédiate. Ce n'est pas l'inspection académique qui vient, c'est la ministre qui parle. Nous, visiblement, nous n'avons pas le droit au même regard de la part de la République.

Hier (mercredi), on nous a fait la proposition suivante: conservation de deux classes avec 35 élèves et création de deux demi-classes à 18 élèves. On nous trouvait les professeurs manquants, les heures de demi-groupes que l'on voulait. On en a donc déduit qu'il ne s'agissait pas d'un problème économique, ni de matériel, mais un problème idéologique. On nous refuse le symbole que l'on pourrait représenter pour d'autres lycées de banlieue, c’est-à-dire des classes limitées à 30 que l'on demande pour les besoins spécifiques de nos élèves, qui méritent des conditions d'enseignement dignes, avec les mêmes chances pour tous".