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Jeu du piment, nouveau danger à la récré: Ils s'ennuient, veulent tester des choses sur leur corps

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C'est le nouveau passe-temps de cours de récré qui inquiète: le "jeu du piment". On se l'écrase ou se le projette dans les yeux, la bouche, ou sur la peau. La gendarmerie a lancé l'alerte après trois collégiens blessés dans l'Aube. Challenge "Ice & Salt", "Blue Whale"... A chaque saison son jeu qui affole à l'école. Jointe par RMC.fr, Françoise Cochet, présidente de l'APEAS, association de prévention contre les défis de récré, explique qu'ils sont très dur à éradiquer.

Françoise Cochet, présidente de l'association "Accompagner Prévenir Eduquer Agir Sauver" (APEAS).

"L'apparition de ce "jeu du piment" ne me surprend pas. Les trois collégiens qui ont été blessé ne savaient sans doute pas qu'ils allaient être blessés. Ils se font des défis, testent leur corps, avec du piment ou autre chose. Ils se rendent compte qu'après coup que c'était dangereux.

C'était similaire l'an dernier avec le Ice & Salt Challenge. Il y a des jeunes, même de troisième, qui ont à l'époque testé ce jeu sans aucune conscience des conséquences. C'était anodin pour eux. Puis, la brûlure est arrivée, et elle est arrivée au 3e degré.

"Une pression du groupe très importante"

Ces jeux naissent par la rumeur, se répandent par le bouche à oreille. C'est un copain qui propose, qui lance l'idée. Peut-être s'ennuient-ils à des moments, et veulent-ils tester des choses sur leur corps, sans se faire mal au départ. Ils se font surprendre par la réaction du corps à certaines manipulations.

Il y a une pression du groupe très importante. Ils se poussent entre eux, ils oublient toute sécurité quand ils sont en groupe. Ça touche n'importe quel type d'établissement. Quand je les rencontre, certains me citent parfois des gestes extrêmement dangereux, effectués sous la pression car s'ils ne le font pas, ils passent pour des faibles, des idiots. Alors on les élimine, on se moque d'eux, et on peut arriver au harcèlement. Psychologiquement, on veut faire partie du groupe.

Des "jeux de strangulation"

La semaine dernière, dans un collège de la région parisienne, la direction avait remarqué des tentatives de jeu d'apnée, sur la respiration. Ils m'ont dit n'avoir constaté aucun évanouissement dans l'établissement. Les élèves en classe m'ont raconté le contraire.

Prenez le rêve indien ou le jeu du foulard. Ces pratiques-là sont encore plus dangereuse puisqu'elles peuvent déboucher sur des arrêts cardiaques. Plusieurs élèves de ce collège font des jeux de strangulation, faisant tomber le camarade en syncope. Le personnel ne l'avait pas repéré, parce que ce genre de jeu est très discret.

"Cela se transmet d'une génération à l'autre"

Et la rumeur des médias est très importante dans le relais de ces pratiques. Je suis persuadé qu'avec cette couverture médiatique, les enfants vont vouloir essayer le jeu du piment à présent.

Tout cela n'a rien de nouveau. Le jeu du foulard n'existe pas depuis une dizaine d'années, mais des millénaires. Plutarque (philosophe né en l'an 46) en a parlé après la mort de plusieurs adolescentes en Grèce antique. Jean Giono en parle aussi dans Faust au village, écrit en 1947. Ce n'est pas nouveau.

Et cela se transmet d'une génération à l'autre. Le grand-père parle à son petit-fils des conneries qu'il faisait dans la cour de récréation. Aujourd'hui, on peut penser que ça va plus vite avec les réseaux sociaux. Il y a ceux qui proposent des trucs borderline, mais d'autres qui réagissent par-dessus en disant que c'est dangereux. Ce n'est pas sûr qu'il y ait plus d'influence avec les réseaux sociaux."

Propos recueillis par Paul Conge