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Manque de profs, concurrence du privé, emplois du temps: le retour des maths en première interroge

Le ministre de l'Éducation nationale, Pap Ndiaye, a annoncé dimanche le retour des maths obligatoire pour toutes les classes de première de la filière générale, dès septembre 2023. Cette matière ne faisait plus partie du tronc commun des matières obligatoires de première et de terminale depuis la réforme de Jean-Michel Blanquer, en 2019.

La rentrée 2023 sera marquée par le grand retour obligatoire des mathématiques pour toutes les classes de première, en filière générale, a annoncé le ministre de l'Éducation, Pap Ndiaye, dimanche.

Cette matière ne faisait plus partie du tronc commun des matières obligatoires en classes de première et de terminale depuis 2019 et la réforme du lycée de Jean-Michel Blanquer. Les mathématiques étaient devenues un enseignement de spécialité comme une douzaine d'autres disciplines, laissé au libre choix des élèves. Le retour de cette matière obligatoire serait nécessaire.

"La formation de l'esprit que donnent les mathématiques, savoir ce qu'est un raisonnement et pouvoir décrypter, par exemple... C'est dans ce cours que les jeunes apprennent à raisonner, à avoir une pensée solide, structurée. Ce n'est pas juste former les futurs ingénieurs, les futurs scientifiques, c'est très important pour la population", affirme Stéphane Jaffard, professeur à l’université Paris-Est Créteil, directeur des Assises de mathématiques, qui se déroulent du 14 au 16 novembre.

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400 à 425 postes manquants

Si le retour des mathématiques semble être une bonne nouvelle, cela pose des questions. Pap Ndiaye a précisé qu'il manquait encore 400 à 425 postes à équivalents temps plein dans la discipline. Mais pour Sophie Vénétitay, secrétaire générale du syndicat enseignant SNES-FSU, plus de maths signifie plus de cours et il manque déjà des professeurs.

"Ça va soulever des problèmes très concrets. Qui pour faire cet enseignement à la prochaine rentrée? Cela pose aussi la question de la réalité de sa mise en place", explique-t-elle.

Le syndicat qu'elle représente demande la possibilité de "réduire les effectifs dans les classes, pour se donner les moyens de travailler en petit groupe sur les mathématiques avec tous les élèves". Selon elle, "on nous a jamais donné les moyens de réussir ce pari de la réussite de tous les élèves en mathématiques".

Une concurrence très forte avec le privé

La question des professeurs est aussi posée par Mélanie Guenais, enseignante-chercheuse à l’université Paris-Saclay et vice-présidente de la société mathématique de France.

"C'est une prise de conscience du gouvernement que les maths sont une discipline fondamentale: c'est une bonne intention. En revanche, ce qui nous inquiète, c'est la mise en œuvre de cette matière obligatoire pour tous. On a des débouchés très importants grâce aux maths, notamment dans le privé avec une concurrence très forte", affirme-t-elle, craignant que les spécialistes se dirigent vers d'autres postes que l'enseignement.

Mélanie Guenais s'interroge aussi sur l'égalité des élèves. Selon elle, les mathématiques pour ceux qui n'ont pas choisi l'option représenteront 1h30 supplémentaires sur l'emploi du temps. Ceux qui ont l'option ont 4h incluses dans la semaine, cela crée donc une différence. "Je ne pense pas qu’en imposant 1h30 en plus pour ces élèves en difficulté, on puisse appeler cela de la réconciliation", déplore-t-elle.

37% des terminales choisissent les maths

Elle souhaite d'ailleurs alerter: "On a un vrai vivier d'élèves scientifiques qui manque, car on a perdu un quart des élèves vers les sciences". En 2022, les mathématiques restent la spécialité la plus retenue en terminale, par 37% des lycéens.

AB