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Phobie scolaire: "Il ne faut pas hésiter à retirer l'enfant de l'école, c'est presque pire de le forcer à y aller"

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A la veille de la rentrée scolaire, si votre enfant n'a pas du tout envie de retourner à l'école, ce n'est peut-être pas qu'un caprice. Selon Luc Mathis, président de l'association "Phobie scolaire", 2 à 5% des élèves sont dans l'incapacité de retrouver l'école, le collège ou le lycée. Malgré eux.

Luc Mathis est président de l'association "Phobie scolaire".

"La phobie scolaire, c'est la peur de ce qui se passe à l'intérieur de l'école. Ça peut être dû à du harcèlement, à des troubles des apprentissages, à de la précocité, à des problèmes d'anxiété, de performance… Ce sont des situations qui génèrent du stress et qui à un moment arrivent à un niveau tel que ça fait un blocage. Comme un cheval qui se cabre devant l'obstacle. Le gamin ne peut plus. Ce n'est pas qu'il ne veut plus, en général il a envie d'y arriver, il sait que l'école fait partie du chemin de la réussite, mais il ne peut pas.

Ma fille a souffert de ça, mais ça va mieux. Ça se manifeste pratiquement toujours de la même manière alors que les causes sont très variées. Ça commence avec des maux de ventre, des vertiges, des envies de vomir et au final un blocage complet par rapport à l'idée d'aller à l'école. C'est une sorte de liquéfaction.

"Quand on est parent, au début, on essaie la technique du coup de pied aux fesses"

Quand on regarde les statistiques des médecins, qui ne voient que les cas les plus graves, ceux qui vont dans la psychiatrie, cela va de 2 à 5%. Mais quand je demande autour de moi, on connaît tous quelqu'un qui dit 'ah oui, mon frère, son enfant est victime de ça…'. Moi, mon estimation, c'est que 15 à 20% des gamins sont à un moment affectés par des situations de ce type-là.

Quand on est parent, au début, on essaie la technique du coup de pied aux fesses. Et puis à un moment on se rend compte que ce n'est pas ça qu'il faut faire. C'est compliqué de savoir comment réagir. A l'association, nous avons une feuille de route pour indiquer ce qu'il faut faire. En général, c'est un peu comme les chevaux, qu'on ne force pas trop. On les met en pause pendant un petit temps et on leur prodigue des soins de relaxation.

"Ce n'est pas un enfant mal élevé"

Pour les gamins c'est un peu différent. Déjà, il ne faut pas hésiter à retirer l'enfant de l'école, même si ce n'est pas évident. Mais c'est presque pire de les forcer à y aller. Il faut trouver rapidement un psychothérapeute ou un psychologue qui permette de mettre des mots sur la situation. Harcèlement? Dyslexie? C'est très important de comprendre ce qui se joue. Pour pouvoir prendre les mesures.

A la veille de la rentrée, on le voit bien sur notre page Facebook, où on suit plus de 3.000 familles: on sent que c'est chaud. Il y a de l'anxiété. De l'agressivité aussi. Derrière la colère il y a souvent de la peur. Dans les situations les plus graves les enfants ne vont pas à l'école. Mais dans les situations intermédiaires, il y a beaucoup d'agressivité de la part du jeune, parce qu'il est sous tension. Mais ce n'est pas un enfant mal élevé. C'est de la peur.

"Quand on est parent et qu'on est dans cette situation, il y un sentiment d'isolement"

Le problème est clairement identifié. Il est pris au sérieux. Mais ça reste très tabou. Quand on va voir un proviseur de collège ou de lycée, il n'a pas trop envie qu'on fasse une conférence sur le sujet parce qu'il a peur que ça fasse tache d'huile. Ça touche à peu près tous les âges, et même post-bac. Mais il y a un pic autour de l'adolescence.

Il n'y a pas de solution concrète pour les jeunes. Il n'y a pas de médicament. On pourrait avoir une sorte de démarche de bienveillance. Dans certains pays, il y a un carton vert. Si l'élève ne se sent pas bien, il sort son carton vert et il peut sortir de la classe le temps qu'il gère son stress. Pour les situations les plus graves, on peut mettre en place des classes de petite taille dans lesquelles il n'y a pas du tout de pression du résultat. Pour remettre le pied à l'étrier des gamins. Quand on est parent et qu'on est dans cette situation, il y un sentiment d'isolement. Et cet isolement crée du stress supplémentaire. L'enjeu c'est d'enlever au moins le stress des parents".

Propos recueillis par Antoine Maes