RMC

Un prof teste la puissance de Facebook pour ses élèves: "ils sont dans une culture de l’instantané"

-

- - -

Stéphane Fantini, professeur de Français à Grenoble a posté sur Facebook un message qui a généré 315.000 commentaires. Un moyen pour lui de sensibiliser ses élèves à l’usage des réseaux sociaux, que ce soit sur le sujet du cyber-harcèlement ou de la recherche de l'information en ligne.

"Cela fait deux ans que notre collège travaille sur les questions de harcèlement. On essaie de jouer sur la prévention, d’agir sur les premiers signes. J’ai souhaité aborder le sujet avec mes 4èmes. C’est là que j’ai senti que mon discours restait professoral, qu’il manquait d’accroche. Les élèves m’écoutaient poliment, donc je leur ai soumis cet exemple-là pour être sur une méthode un peu plus empirique. 

On en est à 16.930.000 personnes atteintes, ce sont celles qui voient s’afficher le message sur leur mur. J’ai 315.000 commentaires. Et 248.000 partages. Je ne m’attendais pas à ce que ça atteigne de tels sommets. Mais ce post a trouvé très vite son public: au bout de deux jours, on était déjà à 15 millions de personnes atteintes. Il y a eu une flambée de partages sur les deux premiers jours, et puis ça s’est très vite estompé.

"Ils me disaient ‘c’est pas grave, nous on est sur de l’instantané’"

Maintenant, on va essayer de deviner avec les élèves ce que ça veut dire. Savoir s’ils en ont entendu parler. Par quel biais? J’ai même l’impression qu’avec Facebook j’ai une longueur de retard avec cette génération. Ils sont plus sur WhatsApp, Snapchat… Ils me disaient ‘ce n’est pas grave, nous on est sur de l’instantané’. Une photo de vous peut transiter pendant 10 ou 20 secondes, mais qu’est-ce qui se passe si moi je fais une capture d’écran? Est-ce qu’elle reste éphémère? Le sujet c’est comment soigner son empreinte numérique.

"Ils sont directement dans l’émotionnel"

Eux sont beaucoup sur les chaines comme Youtube. Mais ce n’est pas parce que quelque chose est dit et redit… Comment remonter le fil de l’info jusqu’à la source? C’est aussi ce à quoi j’aimerais les sensibiliser. Là j’aurai plaisir à leur raconter que notre expérience a été relayée par une multitude de médias, mais qu’en tout et pour tout je n’ai eu que cinq journalistes qui sont venus chercher les infos à la source. Ce qui signifie que tous les autres sont sur une information secondaire, et ce n’est pas sans poser problème.

On ne peut pas leur en porter grief, mais ce que je pressens c’est qu’ils sont dans une culture de l’instantané. Le but d’un adulte en devenir, c’est aussi de mettre ses émotions de côté, prendre du recul sur l’information, pour la comparer, l’évaluer, et ensuite l’utiliser. Eux sont directement dans l’émotionnel. Le but c’est de devenir des utilisateurs éclairés des nouvelles technologies. C’est un complément très précieux, ce n’est pas l’instrument qui est bon ou mauvais, c’est l’utilisation qu’on va en faire qui est importante".

Propos recueillis par Antoine Maes