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Faut-il rouvrir les maisons closes? Le témoignage d'une ancienne prostituée

La brigade de répression du proxénétisme s’alarme de l’explosion du nombre de maisons closes cachées, exploitées par des réseaux violents, notamment en Île-de-France. Alors que le phénomène grandit, la France pourrait s'inspirer de ce qui se fait chez ses voisins européens. Chez certains, la prostitution est légale. Chez d'autres, ce sont les maisons closes qui le sont.

Le nombre de "maisons closes contemporaines" en Île-de-France a été multiplié par trois en deux ans. Et la brigade de répression du proxénétisme s’alarme de l’explosion du nombre de ces maisons closes; exploitées par des réseaux violents, révèle Le Parisien.

Une conséquence de "l'ubérisation" de la prostitution, qui aurait été accélérée par la loi d’avril 2016 contre la prostitution. L’objectif de cette loi était pourtant de supprimer le délit de racolage passif afin de considérer les prostituées comme des victimes et de s’attaquer au client en pénalisant tout achat d’acte sexuel.

Pour endiguer le phénomène, la France pourrait être avisée de regarder ce qu’il se fait chez ses voisins européens. En Espagne, les maisons closes sont autorisées. Et en Belgique, tolérées. En Allemagne, aux Pays-Bas, au Danemark ou en Grèce, la prostitution est légale et encadrée et la rémunération des prostituées est sujette à l’impôt et à la TVA.

"Il faudrait reprendre le système belge avec le système de location"

Rouvrir les maisons closes fermées depuis 1946, c’est une bonne idée pour Patchi, ancienne prostituée qui vit aujourd’hui dans les Bouches-du-Rhône. "J’ai travaillé dans des lieux de prostitution en Belgique et au Luxembourg. Et je pense qu’il faudrait reprendre le système belge avec le système de location, notamment les vitrines", raconte-t-elle ce mercredi dans "Les Grandes Gueules" sur RMC et RMC Story.

"La fille paie un loyer chaque jour et si elle gagne bien, c’est tout pour elle. Il n’y a donc pas de proxénétisme", vante Patchi, qui explique avoir travaillé dans ce milieu-là avant de se faire incarcérer pour proxénétisme en France.

Et elle l’assure, à l’époque, avant la démocratisation du préservatif, le suivi sanitaire était strict: "Toutes les semaines, il fallait aller chez le médecin qui faisait tous les prélèvements. Ensuite, il fallait fournir les résultats à la personne qui gérait la maison".

"Dans une maison close, on n’est pas seule avec le client"

Patchi estime que la réouverture des maisons closes offre aussi une plus grande sécurité aux travailleuses du sexe. "Dans une maison close, on n’est pas seule avec le client", rappelle-t-elle.

"Il y a des sujets où il faut sortir de la logique pratique et économique", juge de son côté Joëlle Dago-Serry sur le plateau des "Grandes Gueules" ce mercredi. "On ne va pas l'encadrer, ce n'est pas parce qu'il y a un système en place que la société et l'Etat doivent le valider", ajoute-t-elle.

Les maisons closes sont fermées depuis 1946 en France. À l'époque, c'est Marthe Richard, élue de la ville de Paris et elle-même ancienne prostituée, qui milita pour leur fermeture, déplorant qu'elles bénéficient à la mafia.

G.D.