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Femmes voilées exclues d'un restaurant: "Les polémiques autour du burkini alimentent les stéréotypes"

REPORTAGE - Le restaurateur de Tremblay-en-France qui avait refusé de servir deux femmes voilées samedi a présenté ses excuses. Des excuses appréciées des musulmans dans la commune, mais la pilule a tout de même du mal à passer.

"Tous les terroristes sont musulmans et tous les musulmans sont terroristes". Avec ces propos, relayés dans une vidéo, le restaurateur de Tremblay-en-France en Seine-Saint-Denis qui a refusé de servir deux clientes voilées s'est attiré les foudres des réseaux sociaux, des politiques mais aussi de la communauté musulmane. Le dirigeant de l'établissement s'est finalement excusé de ces propos islamophobes qui ont dit-il, "dépassé ses pensées". Mais à Tremblay-en-France, des musulmans comme Antoine ont voulu comprendre. Il a souhaité rencontrer le restaurateur et a découvert un homme plein de regrets.

"Il est venu vers nous, gentiment, la tête baissée en s'excusant, en disant qu'il avait eu un coup de folie. Il nous a aussi dit qu'il avait perdu un proche au Bataclan et depuis ça il a peur des musulmans", explique le jeune homme sur RMC.

Antoine a alors souhaité lui démontrer qu'il avait tort. "Je lui ai dit, ceux qui font des attentats, c'est pas des musulmans et je lui ai dit est-ce que vous avez peur de nous. Il m'a dit non, mais vous ce n'est pas pareil. Je ne sais pas comment prendre ses propos. On avait un peu de la peine pour lui alors qu'il ne faut pas spécialement en avoir, ça ne cautionne en aucun cas ce délit. C'est un délit, c'est puni par la loi"

"Il peut avoir une deuxième chance"

Une enquête a en effet été ouverte dimanche par le parquet de Bobigny pour "discrimination à caractère racial". Les deux clientes voilées ont de leur côté l'intention de porter plainte. Malgré l'incompréhension, Anissa, une jeune femme voilée est prête à pardonner au restaurateur et veut croire à la force du dialogue.

"Il a fait une faute, mais on ne va pas le rejeter pour autant. Il peut avoir une deuxième chance, on peut lui expliquer les choses calmement et peut-être qu'il pourra changer d'avis. Je lui lance ce message, qu'il vienne parler à des musulmans ou à moi-même, si on peut se rencontrer, il n'y a aucun souci. Peut-être que ça débloquera la situation et on avancera mieux", espère la jeune femme. 

Des discours qui ont "un effet dans le réel"

Une situation de tensions qu'Anissa a du mal à supporter, cette jeune femme explique se sentir de plus en plus mal à l'aise en tant que musulmane. "Il n'y a pas très longtemps, j'ai fait une crise d'angoisse. Ca commence à faire peur avec tout ce qu'on entend, l'histoire du burkini, maintenant c'est les restaurant", regrette-t-elle.

Ce climat marqué par plusieurs polémiques est aussi de la responsabilité des politiques pour Marwan Muhammad, directeur du Collectif contre l'islamophobie. Leur rôle devrait au contraire de parler du vivre ensemble. 

"Il y a une série de discours qui alimentent ces stéréotypes et ça a un effet dans le réel. Les polémiques autour du burkini, des cantines hallal vont crescendo au fur et à mesure dans ce pays. Ca envenime la situation et ça crée des situations de très vives tension qui aboutissent à des incidents comme celui-ci", déplore-t-il. 

Le collectif contre l'islamophobie dénonce également l'absence de réaction des clients qui étaient présents dans le restaurant. 

C. B avec Romain Poisot