RMC

Il faut obliger les entreprises à libérer les sapeurs-pompiers volontaires

Un pompier se bat contre les flammes à Artigues, le 25 juillet 2016.

Un pompier se bat contre les flammes à Artigues, le 25 juillet 2016. - AFP

Alors que les incendies font rage dans le sud-est de la France, les sapeurs-pompiers volontaires sont trop peu libérés par leurs employeurs. De quoi déclencher le coup de gueule de Jean-Luc Decitre, président de l’union départementale des sapeurs-pompiers volontaires. Il réclame la réquisition des volontaires pour lutter contre les flammes.

Jean-Luc Decitre, président de l’union départementale des sapeurs-pompiers volontaires.

"En France, la majorité des sapeur-pompiers sont volontaires. Dans le Var, nous sommes 4500 volontaires pour venir aider. Le problème, c’est qu’on est dans une situation exceptionnelle, donc il faut prendre des mesures exceptionnelles: il faut que les sapeur-pompiers volontaires puissent aller au feu. Aujourd’hui, bon nombre de volontaires ne peuvent pas se rendre disponibles, parce que les employeurs, privés ou publics, ne jouent pas le jeu à fond.

"Cela peut prendre la forme d’un arrêté de réquisition, comme en cas de guerre"

On nous demande de faire un acte citoyen de volontariat, mais moi je demande aux employeurs de faire la même chose. Ce n’est pas parce qu’on va avoir un, deux ou trois sapeur-pompiers volontaires qui vont être absents de l’entreprise pendant une, deux ou trois journées que l’entreprise va fermer.

Je suis au feu actuellement, la situation est catastrophique. On n’arrive plus à réarmer les camions. Parce que quand un véhicule rentre, et qu’on n’a personne pour qu’il reparte au feu, c’est un véhicule en moins pour combattre les flammes. Il faut aussi que les pompiers aillent se reposer. Les hommes au bout de 12h ou de 24h, il faut qu’ils aillent se reposer. On a besoin de trouver des relais. Il faut créer un électrochoc pour qu’on oblige les entreprises à laisser partir un sapeur-pompier volontaire. Et ça peut prendre la forme d’un arrêté de réquisition, comme en cas de guerre.

"J’ai des gens qui ont pris des journées de congés sans solde pour venir éteindre le feu"

Je reçois des messages de pompiers volontaires qui me disent ‘on voudrait aller au feu mais on ne peut parce que notre employeur refuse de nous lâcher’ ou ‘on voudrait venir aider à la caserne mais on ne me laisse pas prendre une heure ou deux’. Avec moi, j’ai des gens qui ont pris des journées de congés sans solde pour venir éteindre le feu. J’ai un conducteur de poids lourd, il faut qu’il rentre absolument en début d’après-midi pour pouvoir aller travailler ce soir. Est-ce que c’est ça l’urgence absolue? Je comprends qu’une entreprise qui a dix pompiers volontaires, elle ferme boutique si elle envoie tout le monde. Mais elle peut les envoyer à tour de rôle.

Il faut qu’on soit tous unis pour arriver à éteindre ce feu. On a quelques jours devant nous qui sont très importants. Mettons tout en œuvre pour y arriver. Aujourd’hui, tout l’arc méditerranéen pose problème. Mettons tout en œuvre pour arrêter ce problème avant le week-end. Un pompier volontaire, s’il est absent 10 jours dans l’année, c’est le maximum. Ça fait 30 ans que je fais ça, et c’est une année exceptionnelle. Alors faisons tous un effort pour la France. Et il faut que nos dirigeants tapent sur la table et montrent l’exemple".

Propos recueillis par Antoine Maes