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Je suis hermaphrodite: demander que le sexe neutre existe, c'est une très bonne chose

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- - CC/Scott Rettberg

Ni homme, ni femme, un Tourangeau réclame d'obtenir le statut de "sexe neutre" à l'état civil. La décision de la cour de Cassation sera rendue le 4 mai. Pour Claudette, également intersexuée, le sexe neutre doit être reconnu. Si elle a choisi une identité de femme, elle estime qu'il peut y avoir un troisième sexe.

Claudette, 79 ans, est hermaphrodite:

"Je suis née hermaphrodite: je suis femme et homme à la fois, je suis née avec les deux sexes. Je préfère le mot 'hermaphrodite', le mot 'intersexué', c'est un terme froid. Quand on parle des escargots, on parle bien d'hermaphrodite!

Pour moi ça s'est bien passé. La grande chance de ma vie, par rapport à d'autres personnes, c'est que mes parents l'ont bien accepté. Je leur ai posé des questions en grandissant, je voyais bien qu'il y avait des filles avec un seul sexe, et des garçons avec un seul sexe. Je me rappelle avoir demandé à ma mère si j'étais fille ou garçon et elle m'a répondu très intelligemment: 'tu seras ce que tu voudras quand tu auras 18 ans'.

Ça n'a pas été trop difficile car c'était la période de la guerre, je vivais au Maroc et nous étions assez isolés. Et mes parents m'ont toujours laissé faire ce que je ressentais. Ma mère m'a habillé en fille dès le début. Et je suis restée femme. Les questions sont venues après, à l'école.

Il faut bien se dire qu'au départ, ce n'est pas l'enfant hermaphrodite qui a des problèmes, ce sont les parents. J'ai récemment pensé à ma mère lors de ma naissance. On a dû lui dire: 'voilà votre enfant, mais on ne peut pas se prononcer sur son sexe'. Et j'ai pensé que ma maman avait dû beaucoup souffrir au début, à se demander si elle avait eu une fille ou un garçon. J'en ai pleuré.

"Il ne faut plus avoir peur d'en parler"

Je vis une vie de femme. Je me suis toujours sentie femme. Et j'ai toujours été considérée comme madame.

Demander que le sexe neutre existe, c'est une très bonne chose. Ça existe déjà en Australie ou en Nouvelle-Zélande. Moi, je réclame mon appartenance au sexe féminin, mais je pense quand même que le sexe neutre devrait être reconnu.

L'hermaphrodisme est un éternel jonglage. Moi quand je vais faire ma carte d'identité, comme mon prénom officiel, c'est Claude, et que je suis marquée comme femme, il y a toujours un instant de confusion.

Pour certains jeunes hermaphrodites, la situation peut être très difficile. Depuis 10 ans, je milite pour faire connaître cette situation. Et là, c'est vrai qu'il a fallu que je m'adapte au regard que l'on me portait. Moi, je me suis toujours sentie femme, mais il a fallu que je m'habitue au fait que l'on me regarde comme un hermaphrodite.

Je mesure 1m62, j'ai de très belles jambes, donc je n'avais pas ce problème d'identité. Mais c'est un beau combat parce qu'il y a une telle méconnaissance de l'hermaphrodisme. Les gens pensent que c'est quelque chose de sulfureux. Mais il ne faut plus avoir peur d'en parler. Ça rend les gens malheureux".

Propos recueillis par Paulina Benavente