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JO Paris 2024: les innovations sur la vidéoprotection interpellent les défenseurs des libertés

Le Sénat débute ce mardi l’examen du projet de loi intitulé "Organisation des Jeux olympiques et paralympiques 2024". Le chapitre de la vidéoprotection est l’un des points chauds du texte, qui peut ouvrir la voie à une (r)évolution de la surveillance vidéo dans la société française.

À 549 jours de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques dans les rues de de Paris, le Sénat commence à penser aux Jeux olympiques à compter de ce mardi 24 janvier. Les sénateurs entament en effet les débats sur le projet de loi intitulé "Organisation des Jeux olympiques et paralympiques 2024".

D’après la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), la société vivrait un réel tournant si le texte venait à être adopté. Car si le projet de loi crée ou modifie des textes dans le cadre de l’organisation des Jeux olympiques, ces mesures seraient aussi effectives dans la vie de tous les jours.

La problématique de la vidéoprotection s’apparente alors comme la problématique majeure du projet de loi. De multiples innovations devraient en l'occurrence être implémentées dans les systèmes de surveillance (par caméra et par drône). Les caméras seraient alors configurées, paramétrées pour détecter automatiquement, sans aide humaine, des comportements suspects comme des mouvements de foule anormal ou la présence d’un objet suspect qui traîne sur la voie publique, par exemple.

Si on ne sait pas encore quels comportements seraient précisément ciblés, et qu’une liste sera dressée plus tard par le gouvernement, l'objectif est d'alerter plus rapidement les forces de l'ordre afin d'éviter des incidents comme ceux de la finale de la Ligue des Champions, en mai dernier au Stade de France.

Aux yeux de la rapporteuse du texte au Sénat, Agnès Canayer (sénatrice LR de Seine-Maritime), “il est nécessaire de se doter d’outils nouveaux en matière de sécurité”, en amont de l’organisation du plus grand événement sportif du monde sur le sol français.

“L’idée, c’est que les images, qui sont captées par les caméras de vidéoprotection ou par les drones, soient filtrées par des algorithmes qui détectent des événements qui auront été prédéterminés”, avance la sénatrice LR.

Un dispositif liberticide?

De juin 2024 à juin 2025, ces caméras intelligentes seraient utilisées dans des endroits très ciblés, notamment autour des sites de compétitions des Jeux olympiques. Toutefois, les caméras intelligentes seraient aussi installées aux abords des gares par exemple. Anonymat garanti, promettent les défenseurs du texte, sans aucune utilisation de la reconnaissance faciale.

Mais certaines associations s’inquiètent tout de même d’une éventuelle promulgation de ce texte, celles-ci considérant cette vidéoprotection high-tech comme une atteinte aux libertés fondamentales.

Pour Bastien Le Querrec, juriste au sein de l’association La quadrature du net, “ce type de surveillance est, par nature, quelque chose qui est inacceptable en démocratie. On a beau mettre tous les gardes-fous que l’on voudra, le résultat sera, qu’on le veuille ou non, une surveillance massive de tout l’espace public”.

“Si un bagage abandonné est repéré et qu’une personne veut faire le plus de victimes possibles, on aura beau repérer automatiquement le bagage, il sera quand même trop tard et il y a aura un drame”, argumente le juriste de l’association.

Enfin, dans l'optique d'assurer un suivi rigoureux des fonctionnalités qui seront attribuées aux caméras de vidéoprotection, la Cnil devrait accompagner les créateurs de l'algorithme dans la confection de ce dernier.

Martin Bourdin, avec Alexis Lalemant