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La presse a le droit de faire campagne... et le devoir d'informer

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC. - -

Retour sur la polémique lancée par l'UMP contre Libération depuis que ce journal a consacré sa une et plusieurs pages au texte de François Hollande. La presse a le droit de militer… et le devoir d’informer. Mais il faut faire la distinction.

Nous assistons, depuis 3 jours, à un drôle de psychodrame politico-médiatique qui a pour principale conséquence de bavarder à n’en plus finir sur l’accessoire – le dérisoire même – et de passer à côté de l’essentiel. Je veux évidemment parler de ce mauvais procès fait à Libération et de cette farce de mauvais goût autour d’un propos prêté hier à François Hollande par Le Parisien. Dans le 1er cas, le texte de François Hollande était un événement en soi – même s’il ne contenait aucune information, ni même une idée neuve, je l’ai déjà dit ici –, c’était donc légitime qu’un journal lui consacre de la place et des gros titres. Dans le 2è cas, c’est l’inverse : la citation de François Hollande a été tordue, ce qui a créé un contre-sens et, en cascade, une polémique artificielle.

Un journal peut-il offrir ses colonnes à un candidat à la présidentielle ?

Il ne faut pas être jésuite : l’indépendance de la presse n’est pas l’obligation qui serait faite aux médias de se tenir à égale distance de tous les candidats. C’est, au contraire, la liberté de chacun de prendre position, de défendre des valeurs, des points de vue – et pourquoi pas des candidats à une élection. C’est bien assez que les medias audiovisuels soient contraints à une arithmétique des temps de parole qui est devenue absurde, puisqu’elle finit par susciter des micro-candidatures par la visibilité qui leur est offerte. La presse écrite, elle, a toujours été partisane – des éditoriaux favorables jusqu’à de véritables campagnes : Marianne contre Sarkozy, L’Express contre DSK, Le Figaro pour le candidat de droite à chaque élection, et Libé, Le Monde et le Nouvel Obs pour le candidat socialiste. Leurs lecteurs le savent bien et c’est plutôt sain : ça contribue au débat démocratique, dont les politiques n’ont pas le monopole. La limite, c’est de ne pas truquer les faits.

Prendre parti oui, truquer non

Oui. Peut-être un trucage involontaire mais un trucage. François Hollande n’a pas traité Nicolas Sarkozy de « sale mec ». Il a ironisé sur les difficultés de Nicolas Sarkozy se présenter devant les Français, sur ce ton goguenard dont il a l’habitude avec les journalistes et tous ceux qui étaient autour de la table – sauf celui du Parisien – l’ont compris. Donc c’est une faute journalistique. Déplorable mais pas non plus le scandale de l’année. Ensuite, les aboyeurs de l’UMP surjouent l’indignation pour faire croire que François Hollande a commis LA faute et Hollande surjoue la colère pour se dire victime d’un complot. Résultat : une tempête médiatique de 48h qui, au départ, n’est rien d’autre que… du vent.

Beaucoup de bruit pour pas grand chose

C’est l’évidence. Le vrai problème de cette campagne, c’est que les candidats ne proposent rien ou presque parce qu’ils vivent dans la hantise de la crise et qu’ils ont peur de faire des promesses qui seraient intenables. Dans cette période de confusion, les médias devraient justement se concentrer sur l’essentiel et guetter, chez les politiques, les contradictions, les évolutions, les reniements, les faux-semblants pour aider les électeurs à faire leur choix. Les journalistes ont le droit de faire campagne, si c’est leur choix ; mais il faut rappeler aux candidats que, pour eux, c’est un devoir.

Écoutez le "Parti Pris" d'Hervé Gattegno de ce Jeudi 5 Janvier 2012:

Hervé Gattegno