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Loi sur la prostitution: "On aura tendance à accepter plus de choses qui nous rendent vulnérables"

La loi sur la prostitution doit être adoptée par les députés ce mercredi

La loi sur la prostitution doit être adoptée par les députés ce mercredi - AFP

TEMOIGNAGES - La pénalisation des clients de prostituées, mesure phare de la proposition de loi socialiste renforçant la lutte contre la prostitution, doit être adoptée définitivement ce mercredi par les députés. Mais cette loi ne semble finalement pas convaincre grand monde…

C'est la fin d'un parcours législatif interminable. Ce mercredi, après presque deux ans et demi de parcours parlementaire, la proposition de loi visant à renforcer la lutte contre la prostitution doit être définitivement adoptée à l'Assemblée nationale. Et la mesure phare de cette proposition de loi est la pénalisation des clients de prostituées: une amende de 1.500 euros est prévue (jusqu'à 3.500 en cas de récidive). Le texte met aussi fin au délit de racolage passif, délit qui date de 2003 sous Nicolas Sarkozy ministre de l'Intérieur.

Mais cette loi ne fait pas l'unanimité. Mardi, 13 associations la qualifiaient d'essentiellement répressive tout en estimant que le volet social ne représente rien. Il s'agit d'un "effet d'annonce" disent les associations parmi lesquels Act-Up, Aides, le planning familial ou encore Médecin du Monde. Mais qu'en pensent les principales intéressées? Les travailleuses du sexe, rencontrées par RMC, assurent ne pas voir beaucoup d'intérêt dans cette pénalisation du client.

"Moins il y a de clients, plus nous sommes précaires"

Travailleuse du sexe, c'est comme ça que se fait appeler Morgane, la trentaine, qui a déjà vu les premiers effets d'une loi sur le point d'être votée. "De plus en plus de personnes ne veulent pas donner d'informations personnelles comme leur numéro de téléphone, assure-t-elle sur RMC. Il y a aussi plus de personnes qui vont vouloir être reçues plutôt que de recevoir pour ne pas être repérées. Le problème c'est que nous avons besoin de pouvoir les identifier pour garantir notre sécurité".

Et d'ajouter, alarmiste: "Moins il y a de clients, plus nous sommes précaires. Et du coup, on aura tendance à accepter plus de choses qui nous rendent vulnérables". Moins de clients dans la rue, cela signifie aussi une montée en puissance d'intermédiaires, selon Morgane. "Pour essayer de contrer cette précarité, les travailleuses du sexe se retrouvent plus à même de rechercher les services d'une agence, d'un salon qui officiellement sont interdits mais qui, de fait, existent", assure-t-elle.

"A moins de venir dans les chambres d'hôtel…"

Or, "ceux-ci prennent des pourcentages sur les passes que l'on va faire. Cela renforce donc totalement leur pouvoir", regrette-t-elle. Si les prostituées ne se réjouissent pas de cette loi, les policiers, qui seront chargés de verbaliser les clients, se montrent, eux aussi, insatisfaits. "Cela va représenter une mission supplémentaire alors que nous sommes déjà plus que surchargés", déplore Philippe Capon, secrétaire général de l'Unsa Police.

"D'autant plus que cette mission va être complexe car il va falloir établir la matérialité de l'infraction, poursuit-il. Ce n'est pas comme si l'on passait au feu rouge. Donc à moins de venir dans les chambres d'hôtel et de voir si le client et la prostituée sont vraiment en couple… On touche vraiment aux limites de l'exercice des missions de police". En réalité, les policiers préféreraient largement avoir plus de moyens pour enquêter et lutter contre les réseaux de proxénétisme.

Maxime Ricard avec Thomas Chupin