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Macron en Guyane: "On se demande s'il y a vraiment une volonté de faire avancer ce territoire"

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Des incidents ont éclaté lors des manifestations organisées pour la venue d'Emmanuel Macron en Guyane. Il a assuré que "la parole de l'Etat serait tenue" sur les engagements du gouvernement précédent quelques heures après avoir déclaré qu'il ne venait pas en "père Noël". Pour le député de Guyane Gabriel Serville, la fracture entre la Guyane et la métropole est loin d'être comblée.

Gabriel Serville est député PSG (Parti socialiste de Guyane) de Guyane et secrétaire de l'Assemblée nationale.

"En Guyane, le minimum vital n'est pas assuré. On peut s'amuser à égrener les problèmes que nous rencontrons: 3.000 élèves qui ne sont pas scolarisés, les problèmes d'immigration clandestine, l'accès aux soins.

Sur les problèmes d'insécurité, comme il y a des gendarmes mobiles supplémentaires, ça s'est un peu tassé, mais ils n'ont pas vocation à rester éternellement en Guyane, donc si quand ils repartiront les problèmes n'ont pas été réglés, les gens vont continuer à agresser et à voler pour pouvoir survivre.

Il y a trop de problèmes pour que le président de la République vienne nous dire qu'il n'est pas le père Noël. La parole aurait dû être beaucoup plus sage. Certains chercheurs se demandent comment cela fait pour tenir en Guyane. Tous les ingrédients sont réunis pour que ça pète. Malgré cela, on a canalisé les énergies pour aller dans un sens respectueux. Et le président de la République arrive et plutôt que de continuer à rasséréner la population jette de l'huile sur le feu. Ce n'est pas admissible.

On peut craindre que Paris ne s'implique pas suffisamment. La difficulté c'est que les réactions sont en aucune commune mesure avec la profondeur des problèmes. Moi je crains cette masse de jeunes qui n'est pas formée, qui n'a pas vraiment l'esprit citoyen, qui n'a pas été encadrée fasse de la casse aujourd'hui. Cette jeunesse est livrée à elle-même. J'ai vu hier soir des gamins balancer des cocktails Molotov dans les rues de Cayenne. S'il y a un danger qui menace le territoire, c'est cette jeunesse laissée pour compte, cette jeunesse qui n'est pas scolarisée.

Je suis agacé que le président se rende à Maripasoula annonce cette cagnotte de 250.000 millions d'euros sur 5 ans pour construire des établissements scolaires. On ne devrait pas s'en féliciter outre mesure. C'est le rôle de l'Etat. On ne devrait pas présenter ça comme une panacée universelle. Un peu d'humilité ne ferait de mal à personne.

"La colère des jeunes est légitime"

La colère des jeunes est légitime. Les jeunes tournent en rond, certains vont faire les mules pour faire passer de la cocaïne vers Paris. C'est une catastrophe. Il y a aussi l'orpaillage illégal qui est en train de gangréner le territoire.

Là aussi, c'est une question de souveraineté nationale qu'on n'arrive pas à exercer. Les Brésiliens arrivent à bien à éradiquer le problème de l'orpaillage illégal. Donc on se demande s'il y a vraiment une volonté de faire avancer ce territoire. Est-ce qu'il y a une volonté de contrôler l'immigration clandestine? Est-ce qu'il y a une volonté de mettre en place un système sanitaire qui nous permette de garder une bonne santé? C'est un catalogue qui fait froid dans le dos. C'est à se demander si ce territoire a jamais été administré par une tutelle parisienne".

Propos recueillis par Paulina Benavente