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Mort d'un patient aux urgences du CHU de Strasbourg: "On pose des droits d'alerte depuis 2018"

Un patient est mort aux urgences du CHU de Strasbourg après avoir attendu près de 12 heures pour pouvoir être pris en charge faute de place. Un drame que certains professionnels de l'hôpital disent avoir vu venir alors que des alertes sur les conditions de travail sont régulièrement déposées.

Des membres du personnel du CHRU de Strasbourg ont dénoncé jeudi le manque de lits d'hospitalisation et l'encombrement des urgences après le décès d'un homme qui avait attendu une douzaine d'heures d'être pris en charge. L'homme, atteint d'une hémorragie digestive, était arrivé dans la soirée du mercredi 16 mars aux urgences du CHRU, et avait été pris en charge dans le courant de la matinée, le lendemain.

L'hémorragie digestive, "c'est quelque chose qu'on sait très bien soigner. Mais indéniablement, à force de retarder le début des soins à cause d'un manque de lits disponibles, cela crée une perte de chance pour le patient", a déploré Sébastien Harscoat, praticien hospitalier au service des urgences. "On en arrive à un point où on est constamment engorgés. On ne peut plus accueillir, et malgré nos alertes, rien ne se passe", a-t-il poursuivi.

“Aux urgences, depuis l'automne 2018, on pose des droits d’alerte, des alertes à la direction sur les conditions de travail. Mercredi dernier, le 23 mars, on était encore à 200% de la capacité des urgences à minuit et donc il y avait plus de 10 ambulances qui attendaient et qui ne pouvaient pas déposer le patient. Donc ça veut dire qu’on a des difficultés à prendre en charge en urgence les patients. On arrive dans une gestion du risque qui est quand même très limite”, explique Christian Prudhomme, secrétaire au CHU de Strasbourg.

Une enquête administrative ouverte

Il dénonce également une forme d'immobilisme face aux propositions apportées. “Il nous manque des lits de médecine et il nous manque aussi des lits de soins de suite pour pouvoir libérer les lits d’hôpitaux et donc désengorger les urgences” , pointe-t-il.

Le CHRU de Strasbourg a fait savoir que le décès avait été déclaré "événement indésirable grave", et a annoncé l'ouverture d'une enquête administrative. La direction du CHRU a confirmé la prise en charge du patient aux urgences dans la nuit, tout en faisant état d'une "disponibilité de lits en médecine, soins critiques et chirurgie". "On était au-delà de nos capacités", maintient Sébastien Harscoat, "si tant est qu'il y avait quelques lits disponibles, il n'y en avait pas suffisamment, même le lendemain matin c'était encore compliqué d'admettre des patients".

Depuis décembre, des centaines de soignants du CHRU de Strasbourg se sont mobilisés à plusieurs reprises à l'occasion de minutes de silence observées devant leurs établissements pour dénoncer "la mort annoncée de l'hôpital public".

La rédaction avec AFP