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Hôpitaux: pourquoi 80.000 lits ont été fermés sur les 20 dernières années

Depuis 20 ans, près de 80.000 lits d'hôpitaux ont été fermés. Si certaines raisons médicales sont avancées, c'est avant tout des motivations économiques qui ont conduit à ces fermetures. Mais qui sont les responsables?

La question de la fermeture des lits d'hôpitaux est au centre de la campagne et fait l’objet d’une bataille de chiffres. À la question, combien de lits ont été fermés, la réponse n’est pas contestée. C’est 80.000 depuis 20 ans. Soit environ 4.000 par an. Mais qui en est responsable ? 

C’est simple: tous les gouvernements qui se sont succédé depuis 20 ans, sous les présidences de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron. La courbe est régulière et tout à fait constante, à la baisse donc. On est passé en 20 ans de 460.000 lits à 385.000, une baisse de 16%, alors dans le même temps la population française a vieilli et augmenté de sept millions. En matière de santé, on a donc moins d'offres pour plus de besoins.

Comment explique-t-on ces fermetures? 

Pour des raisons médicales, en partie. Pour des raisons financières essentiellement. Médicalement, c’est un objectif qui a été fixé et qui n’est pas absurde. On veut favoriser les hospitalisations courtes, de moins de 12 heures, sans hébergement de nuit à l'hôpital. La Haute autorité de santé en a même fait un objectif prioritaire. On pourrait aussi invoquer des progrès médicaux qui font qu’un malade après une opération peut plus rapidement rentrer chez lui qu'il y a 20 ans.

On a aussi moins de lits parce que l'hôpital a cessé de prendre en charge le grand âge pour des séjours de longue durée. Ce sont les Ehpad qui ont pris le relais progressivement depuis les années 2000.

Voilà pour ce qui relève du médical. Mais les vraies raisons des fermetures de lits sont bien sûr financières. Tous les ans, le projet de loi de finances de la Sécurité sociale fixe des objectifs. Et tous les ans l’objectif, c’est de réduire les dépenses des hôpitaux.

En 2019, dernière année avant le Covid, on a demandé aux hôpitaux d’économiser la somme record d’un milliard d’euros. Alors que l'hôpital était déjà au bord de l’explosion, qu'un tiers des hôpitaux était touché par des mouvements de grève. La colère des hospitaliers n'avait pas été entendue.

Puis est arrivé le Covid. Qu’est ce que cela a changé? La France entière s’est mise à la fenêtre à 20 heures pour applaudir les soignants et on a promis que plus rien ne serait comme avant. Au Ségur de la santé, en juillet 2020, Olivier Véran a annoncé que "c’en était fini" du dogme de la fermeture de lits, “avec 30 ans d’incurie”. Et le ministre de la Santé, a promis le déblocage immédiat d’une enveloppe de 50 millions d’euros pour rouvrir 4.000 lits à la demande.

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En 2020, on a donc cessé de fermer des lits?

Non. En 2020, la première année du Covid, on a plus fermé de lits que jamais. 5.700 exactement contre 3.400 en 2019. Sauf que cette fois, ce n’était plus un choix politique comme les années précédentes. Cette fois, les fermetures ont essentiellement été dues au manque de personnel. Aux infirmières et infirmiers qui craquent et qui démissionnent. Aux milliers d'élèves infirmiers qui ont quitté l’école avant la fin de leurs études. Les hôpitaux ont de plus en plus de mal à recruter, le taux d'absentéisme a augmenté, bref les lits ferment non plus pour faire des économies mais parce que l’on manque de bras.

Le ministère de la Santé a ouvert une enquête pour comprendre les raisons de cette désaffection. Il ne serait pas surprenant que cette enquête explique que c’est tout simplement parce que le métier est trop dur et encore trop mal payé, malgré les revalorisations réelles des deux Ségur.

Et en 2021, est-ce que la tendance s’est poursuivie ? On n’a pas encore les chiffres. Le Conseil scientifique, présidé par le professeur Delfraissy, a parlé de 20% des lits des hôpitaux fermés en 2021. Mais ce chiffre est une estimation au doigt mouillé, contestée par le ministère de la Santé. La seule chose dont on soit certain, c’est que les difficultés de recrutement sont toujours là.

Nicolas Poincaré