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"On se sent abandonnés": l'appel à l'aide des propriétaires d'un immeuble en péril de Saint-Denis

Touché par une fuite d'eau il y a neuf ans, un petit immeuble de Saint-Denis menace de s'effondrer. Les copropriétaires essaient tant bien que mal de le vendre, mais accusent la mairie de bloquer les offres et s'estiment abandonnés par les pouvoirs publics.

Saint-Denis, en banlieue parisienne. Au 38 de la rue Bonnevide, le joli petit immeuble en briques rouges dans lequel Paulo a acheté un appartement tombe en ruine. La façade est retenue par une structure en bois qui fait toute la largeur du trottoir. Il y a neuf ans, une fuite d’eau sur le réseau Veolia a tout déclenché. La mairie a pris un arrêté de péril imminent. Les habitants ont été contraints de partir, laissant tout derrière eux.

"L'immeuble s'est totalement humidifié. Des voleurs ont dérobé la chaudière. L'immeuble vaut aujourd'hui moins que ce que valait mon appartement, on est sept propriétaires, je vous laisse imaginer...", raconte Paulo à RMC.

Paulo et ses voisins ont d’abord dû se battre avec Veolia. L’expertise a reconnu la responsabilité de l’entreprise en 2018. Les sept propriétaires ont reçu 590.000 euros en tout. Depuis, ils cherchent désespérément à vendre cet immeuble.

Michael n’en peut plus de payer des frais pour rien. "Il y a la taxe foncière à payer, la taxe pour le logement inoccuppé, l'entretien, la location de la porte anti-squat", énumère le copropriétaire. "Ce sont des frais quotidiens pour un bien qu'on ne peut ni louer, ni vendre, qui peut être squatté, prendre feu ou s'écrouler. Tous les jours, on y pense", ajoute Michael.

Les copropriétaires accusent la mairie de bloquer les offres

Et pourtant, des acheteurs, il y en a eu: trois depuis 2018. Certes, pour des montants dérisoires, 100.000 à 140.000 euros l’immeuble entier. Mais à chaque fois, les propriétaires étaient prêts à vendre, pressés de se débarrasser d’un bien qui les encombre et leur coûte cher pour rien. Et à chaque fois, la vente ne s’est pas faite.

Selon les habitants, la mairie leur met des bâtons dans les roues: trop de contraintes, trop de délais. Le dernier repreneur a demandé un rendez-vous à la municipalité pour présenter son projet, il n’a jamais eu de réponse. Résultat: les propriétaires sont coincés et Paulo est à bout de nerfs.

"Quand on subit une injustice, on se dit qu'il y a un état de droit, des institutions qui fonctionnent, on se dit qu'on va être protégés, entendus ou au moins pris en considération. Mais ce n'est pas le cas. Pire que la colère, on se sent abandonnés. Qu'est-ce qui explique le silence des autorités? On ne comprend pas", peste-t-il.

Vers une offre avant la fin de l'année?

Il y a un an et demi, un élu municipal, touché par leur situation, a promis de leur faire une proposition d’achat. Depuis, silence radio.

De son côté, la mairie assure ne jamais avoir bloqué une vente et évoque des contraintes d’urbanisme très restrictives qui effraient les acheteurs. La municipalité a promis d’acheter elle-même l’immeuble, par le biais de l'Établissement public foncier d’Ile-de-France.

Mais ça prend du temps. Il a d’abord fallu mener des études sur l’état de délabrement de l'immeuble inoccupé depuis neuf ans. Les travaux sont estimés à près de 700.000 euros. La mairie travaille sur un projet de transformation totale du site et cherche un opérateur prêt à s’engager à leur côté. Elle espère pouvoir faire une offre aux propriétaires avant la fin de l’année. Dix ans après, donc.

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Amélie Rosique, Joanna Chabas et Elise Denjean