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Organisés en filières, les passeurs de Calais dictent leur loi aux migrants

Il est presque impossible pour un migrant dde se rendre en Grande-Bretagne sans l'aide d'un passeur

Il est presque impossible pour un migrant dde se rendre en Grande-Bretagne sans l'aide d'un passeur - AFP

ENQUETE - Les ministres français et britannique de l'Intérieur signeront jeudi un accord destiné à renforcer la coopération des deux pays dans la lutte contre les passeurs qui aident les immigrants clandestins à traverser la Manche depuis Calais. RMC s'est rendue au cœur de la "new jungle", dans les échoppes et les bars improvisés, là où, en plein jour, s’organisent les réseaux et se négocient les tarifs.

A Calais, pour trouver un passeur, le plus simple est encore de se rendre dans le quartier des Afghans. Leur méthode: tromper la vigilance d’un chauffeur et faire entrer des migrants dans son camion, la nuit. Khaled, un Soudanais de 28 ans, a tenté sa chance il y a deux semaines. En vain. "Les Afghans contrôlent des parkings, confirme-t-il. Ils disent que c'est chez eux. Ils ont des outils, pour découper la toile des camions. Ils savent où on doit se cacher. Ils sont cinq ou six: un qui repère le camion, deux qui vérifient où il va, et les autres qui nous font entrer. C'est moins dangereux que le train mais c'est très cher. Pour ma part, j'ai payé 1.000 euros".

"Des membres de la mafia habitent ici"

Les réseaux de passeurs contrôlent aujourd'hui tous les parkings de poids-lourds et les stations-services à proximité de Calais. Structurés par nationalité, Claudine, bénévole de l'association Salam qui vient en aide aux migrants, les connaît. "Des membres de la mafia habitent ici dans la 'New Jungle'. Ils sont membres de la mafia albanaise, égyptienne ou encore afghane".

Elle en prend pour preuve les voitures de luxe qu'elle a pu croiser dans les environs: "J'ai déjà vu une Maserati, le même jour une Porsche Panamera, le lendemain une Jaguar immatriculée en Grande-Bretagne car il y a aussi des passeurs britanniques qui travaillent ici". Des passeurs qui travailleraient pour la filière albanaise et proposent la traversée pour 10.000 euros, avec la complicité d'un chauffeur.

"C'est un business de fou"

Mais certains chauffeurs travaillent parfois seuls et offrent leurs services directement aux migrants. C’est ce qui est arrivé à Zimako, Nigérian: "Un jour, j'étais de passage… Je traversais les rails et je suis tombé sur un chauffeur de camion roumain ou polonais. Il m'a dit que pour 250 euros il me faisait passer en Angleterre. J'ai dit non".

Aujourd'hui, il est presque impossible pour un migrant de traverser sans l'aide d'un passeur. Et plus c'est cher, plus les chances de succès sont grandes. "Avec 2.000 euros minimum, on peut peut-être passer. Mais avec 5.000, 6.000 ou 8.000 euros, on passe, confirme Claudine. Parce que d'un bout à l'autre, on graisse la patte de tout le monde. C'est un business de fou et c'est rentable !" La preuve: la semaine dernière, la police aux frontières a démantelé un réseau albanais qui avait réussi à gagner 1,5 million d'euros depuis le mois de février.

Amélie Rosique avec Maxime Ricard