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Polémique sur le burkini: "Manuel Valls ne fait qu'envenimer la situation"

REACTIONS – Alors que le Conseil d'Etat, juridiction de dernier recours, examine jeudi la légalité des arrêtés anti-burkini, très critiqués en France comme à l'étranger, un débat qualifié par certains de "surenchère généralisée", certaines personnes pointent la responsabilité de Manuel Valls dans cette affaire.

Alors que le débat s'emballe au niveau politique et que la polémique enfle sur les réseaux sociaux, le Conseil d'Etat, juridiction de dernier recours, examine jeudi la légalité des arrêtés anti-burkini, très critiqués en France comme à l'étranger. Plus précisément le Conseil d'Etat examine un "référé-liberté", une demande de suspension en urgence d'un arrêté de la commune de Villeneuve-Loubet (Côte d'Azur). Mais il est en réalité appelé à trancher la querelle juridique pour la trentaine de communes françaises qui exigent sur leurs plages, cet été, une tenue "respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité" au nom de "l'ordre public".

"C'est une polémique montée en épingle par des groupes et des maires très réceptifs à un électorat d'extrême-droite", dénonce Marwan Muhammad, président du Collectif contre l'islamophobie en France, avant de pointer la responsabilité du Premier ministre: "Manuel Valls est tombé dans leur piège. Il leur a emboîté le pas et aujourd'hui on se retrouve exactement avec la situation contre laquelle on prévenait. A savoir que des femmes musulmanes lambda sont inquiétées et chassées des plages parce qu'elles portent le foulard".

"Valls aurait dû garder un rôle de neutralité"

"On attend donc avec la plus grande attention les décisions du Conseil de l'Etat comme les décisions et les déclarations du président et des autres responsables de l'exécutif afin d'arriver à un peu plus de sérénité", ajoute-t-il. "Manuel Valls essaye de donner des gages à une partie de l'opinion publique française qui s'est endurcie, estime aussi Mohammed Chirani, consultant en prévention de la radicalisation. Or, je crois qu'il aurait dû garder un rôle de neutralité et d'apaisement. Il n'était pas dans son rôle de rentrer dans cette surenchère médiatico-politique. Il ne fait qu'envenimer la situation".

Pour Raphaël Liogier, sociologue et auteur de "La guerre des civilisations n'aura pas lieu" (éditions du CNRS), "il y a une surenchère généralisée qui se retrouve dans cette nouvelle manière d'envisager la laïcité. Elle ne serait plus protectrice de nos libertés mais une sorte d'instrument d'hygiène identitaire, destiné à dire qui doit s'habiller comme ceci ou comme cela." Or, il rappelle que "la laïcité, c'est la neutralité de l'Etat et non pas la neutralité des publics". Et d'estimer encore: "Je crois donc qu'il faudrait revenir à l'application strict du droit".

Maxime Ricard avec Martin Cadoret