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Que reste-t-il du "plan Espoir Banlieues" de Nicolas Sarkozy?

En 2008, Nicolas Sarkozy met en place un plan Espoir Banlieues orchestré par Fadela Amara

En 2008, Nicolas Sarkozy met en place un plan Espoir Banlieues orchestré par Fadela Amara - JACQUES DEMARTHON / AFP

ENQUETE - Alain Juppé est attendu ce mercredi à Argenteuil (Val d'Oise). Une visite qui a lieu onze ans après la visite mouvementée de Nicolas Sarkozy au cours de laquelle il avait promis de "débarrasser le quartier des racailles". En 2008 l'ancien président avait promis un "Plan Marshall des banlieues", qu'en est-il aujourd'hui?

Ce mercredi, Alain Juppé se rend sur la Dalle d’Argenteuil pour parler de ses propositions pour la banlieue en termes d’intégration, de sécurité et d’emploi. Une visite qui n'a rien d'un hasard. C'est en effet ici même qu'en octobre 2005, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, avait fait cette promesse polémique aux habitants: "Vous en avez marre de cette bande de racailles ? Eh bien on va vous en débarrasser !". Une promesse restée gravée dans les mémoires. Mais que s'est-il réellement passé depuis?

"Il n'en reste pas grand-chose"

Elu président de la République, Nicolas Sarkozy avait fait des banlieues l'une de ses priorités et, en 2008, avait promis un "Plan Marshall" sur ce thème. A l'époque, Fadela Amara, alors secrétaire d'État chargée de la politique de la Ville, a donc mené un Plan Espoir Banlieues avec trois priorités: l'éducation, le désenclavement et l'emploi. Mais à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), en 2016, les seules traces de ce plan, ce sont les 20.000 places ouvertes dans des internats du département pour des élèves issus de quartier difficiles et le chantier du tramway, débuté le mois dernier, soit 11 ans après son annonce.

Samir Mihi s'en souvient. En 2008 l'associatif avait parlé à Fadela Amara: "Ce plan Espoir Banlieues était intéressant mais, malheureusement, elle avait les mains un petit peu liées. Elle ne pouvait pas faire tout ce qu'elle voulait non plus, estime-t-il. Ce qu'il en reste à l'heure actuelle, bah pas grand-chose. De toute façon les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent".

"Fadela Amara n'avait pas de budget"

L'emploi était l'un des axes de ce plan mais sur 45.000 contrats aidés pour les moins de 26 ans, quatre ans plus tard, seul un quart avait débouché sur un emploi. L'autre point noir, c'est le budget. Alors que Fadela Amara annonçait un milliard d'euros, en réalité cet argent n'a jamais existé d'après Philippe Doucet, maire socialiste d'Argenteuil entre 2008 et 2014: "Le problème est que Fadela Amara n'avait pas de budget. Elle a donc fait avec des bouts de ficelle. Elle s'est retrouvée sans vrai moyen et on a fait de la com'".

Effectivement, après avoir épluché deux lois de finances (celles de 2011 et 2012) et un rapport parlementaire, impossible de retrouver une trace de budget pour ce plan banlieue, hormis des crédits d'impôts (200 millions d'euros pour l'accélération du chantier du T4, ndlr). D'ailleurs en 2012, les juges de la Cour des comptes l'ont écrit noir sur blanc dans un rapport: "Aucun document budgétaire ne permet de chiffrer ce plan banlieue". Il a été tout bonnement abandonné.

M.R avec Pierre Rigo